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30 avril 2006

PINTADE, OISEAU DE PARADIS

    Le site des pintades :

    LA PINTADE, DE DIONYSOS AU CHRIST.

    Selon notre projet de placer sur ce site, en priorité, l’état de quelques recherches, et d’afficher les documents au fur et à mesure de leur découverte, afin que chacun au hasard des rencontres puisse se les approprier, voici la reproduction inédite d’une rare mosaïque, récemment exposée en Libye, où l'on voit deux pintades.
    Cette composition datée de 539 renforce notre hypothèse concernant les représentations de pintades à l’époque byzantine parmi les oiseaux du Paradis, associés à l'idée de Résurrection.

GrenadesQasr el-Libia, Libye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis. VIe siècle. (Photo Lamblard)

    MOSAÏQUES  BYZANTINES
    Dernière trouvaille, ou plus justement la dernière image puisque nous avions signalé cette mosaïque libyenne dans « L’Oiseau nègre » (page 131), sans pouvoir en présenter la reproduction.
    Parmi les richesses archéologiques conservées en Libye, il y a notamment des lieux de cultes paléochrétiens, tels ceux de Qasr el-Libia.
    Situé en Cyrénaïque, ce site illustre la grande époque des basiliques chrétiennes d’Afrique septentrionale du VIe siècle.

    En 534, Bélisaire, envoyé par l’empereur Justinien, chasse les Vandales de Libye, coupables de propager l’hérésie arienne. De tous temps, les adeptes d’un parti ont montré davantage de hargne vis-à-vis des déviants que des ennemis.
    Pour deux siècles au moins, la culture byzantine s'installe sur les rives méditerranéennes qui nous retiennent ici.
    L’Empire byzantin, ou plus justement l’Empire romain d’Orient formé au IVe siècle à la mort de Théodose, et définitivement abattu en 1453 par la prise de Constantinople, assura pendant près de douze siècles la continuité de l’héritage égypto-gréco-romain.
    L’avènement de Justinien, qui régna à partir de 525, marquera un grand tournant idéologique et s’imposera sur les terres du pourtour méditerranéen par ses conquêtes militaires.
    L’époque byzantine influencera fortement les arts et les mentalités. Elle marquera particulièrement la technique et les motifs décoratifs des lieux de culte.

    OISEAUX DE PARADIS
    Les mosaïques de cette époque offrent, entre autres singularités, la particularité de contenir de nombreuses reproductions de pintades parmi les symboles du christianisme au milieu des animaux annonçant l’arrivée des temps paradisiaques.
    Les mosaïques pavimentales sont de véritables tapis de prière, ornés des « respectés symboles du Christ », que l’on trouve préservés au sol des édifices.

    ÉGLISE DE L’ÉVÊQUE MAKARIOS
    Datée de 539, la grande mosaïque qui composait le pavage de l’église de l’évêque Makarios à Qasr el-Libia subsiste seule parmi les ruines.
    La prospérité cyrénéenne, due à la richesse agricole du pays en céréales et arboriculture, avait encouragé les Libyens à parer leurs lieux de cultes d’une luxueuse décoration.
    Le pavement se composait d’une grande mosaïque comportant cinquante carrés figurés, représentant des animaux ou des personnages tirés de la mythologie, ou des scènes d’inspiration nilotique.
    C’est ainsi qu’on y reconnaît des autruches, un paon, Orphée, etc. Et une rare représentation du Phare d’Alexandrie.
    On y voit également cette extraordinaire composition montrant un canthare d’où s’élèvent des branches de grenadier chargées de fruits, entouré de deux pintades exactement figurées (n° 34).

    LES PINTADES DIONYSIAQUES
    Iconographie empruntée au répertoire dionysiaque par excellence, la coupe sainte d’où surgit l’Arbre de vie, se rencontre d’abondance. Souvent, on y montre la vigne chargée de grappes mûres. Sur cette mosaïque, l’artisan a choisi la grenade comme fruit d’éternité, retrouvant ainsi la tradition persane.

Photo18_18_1    Mais ce sont les deux pintades qui nous retiennent au premier chef.
    Je peux en définir l’espèce : il s’agit de Numida meleagris à barbillons rouges. Ces pintades indigènes d’Afrique du Nord sont connues dans l’Antiquité latine sous l’appellation de « poules de Numidie ».
    Parfaitement stylisées, ces deux pintades offrent cependant une étrange particularité : elles ont deux cornes sur le crâne…
    Ces deux cornes énigmatiques se rencontrent uniquement dans l’art byzantin, lequel fait une large place à nos pintades, comme nous l'avons souligné en son temps.
    Avec l’aide de l’égyptologue Jean Yoyotte, ces deux cornes énigmatiques m'avaient conduit à mener une étude particulière (L’Oiseau nègre, pages 152 et s.) au terme de laquelle nous avions pu démontrer que leur signification symbolique  était liée à l’héritage pharaonique ainsi qu’aux représentations du signe hiéroglyphique de « l’Oiseau-nèh » ; cette quête des cornes nous conduisait également aux représentations mythiques de l’Inde (Poule d'Inde est le nom de la pintade au Moyen Age européen).
    Compte tenu de la lenteur avec laquelle l'avancée des recherches trouve place dans les publications grand public, nous avons pris le parti de publier dans notre site, en temps réel, les derniers développements sur les sujets que nous traitons.

Nh    En conclusion, et forts de ce nouveau document libyen, remarquons ici une dernière fois que la quasi-totalité des représentations de pintades sur les mosaïques byzantines porte ce signe diacritique des doubles cornes, dont l'origine remonte à l'antiquité égyptienne.

Dessin de "l'Oiseau-nèh" tel qu'il fut reconnu par H. Chevrier à Karnak, et publié pour la première fois par Ludwig Keimer en février 1938. Cet article de L. Keimer imprimé dans le Bulletin des Annales, ASAE, est toujours le texte de référence, il n'a pas été égalé. Nous avons publié une photo récente du hiéroglyphe qui a servi de modèle pour l'identification de l'oiseau-nèh (dans "L'Oiseau nègre", page 163). Le texte dit :"Je te donne l'Eternité qui dépend de moi..."

     GRENADE ENTROUVERTE
    La mosaïque de Qasr el-Libia reproduit aussi des grenades. Les Romains les appelaient « pommes de Carthage ». Ce seraient les Phéniciens qui auraient introduit le grenadier en Afrique. Son berceau est l’Iran et l’Asie occidentale.
    En symbolique traditionnelle, la grenade est considérée comme signe de fécondité, de postérité nombreuse.
    En Perse, on suggérait qu’une fiancée n’était encore qu’une « grenade pas ouverte ».
    Au jardin de Paradis (nom d’origine iranienne), l’arbre divin est le grenadier. La civilisation grecque fera de la grenade un fruit de Dionysos selon les attributs du dieu lié à l’immortalité. Mais Perséphone sera condamnée aux Enfers pour avoir mangé un grain de grenade mis dans sa main par Hadès le tentateur.
    Fruit couronné, fruit essaim, d’où s’échappent mille grains translucides comme des ratounes d’enfant, à l’avènement du Christ, la grenade représentera les fidèles réunis dans la communauté de l’Eglise, et son jus symbolisera le sang des martyrs.
Doge_1

    MIOUGRANO ENTRE’DUBERTO
    Sans quitter la Méditerranée ni les grenades, rappelons que le délicieux poète Théodore Aubanel a publié en 1861 un recueil de poésies lyriques, « La Miougrano entre’duberto », qui reste l’un des rares chefs-d’œuvre de la renaissance provençale. Tout imprégné de romantisme, Aubanel sait se montrer original et traduit dans son œuvre les accents de l’amour désespéré qu’il vivait dans cet Avignon bigot du XIXe siècle. Le choix du titre, la grenade entrouverte, dit bien le symbole d’un cœur saignant sous l’image duquel le poète plaçait sa vie entière.

Buffon remarque que la pintade porte sur le crâne un casque "semblable par sa forme à la contre-épreuve du bonnet ducal du doge de Venise, ou, si l'on veut, à ce bonnet mis devant derrière" (De la Peintade, éd. 1771, p. 227.) L'image est juste, ne trouvez-vous pas ?

    RENAISSANCE ET IMMORTALITÉ
    Sur notre mosaïque libyenne, jamais encore publiée, le canthare renvoie à Dionysos et au signe du Verseau. La coupe de vie entourée des deux oiseaux est alors la représentation de l’âme assoiffée de Dieu.
    Nos deux pintades, ici, remplacent l’oiseau Phénix associé à l’idée de renaissance et d’immortalité.
    JML.
Grenades2

                   

    A  droite,  représentation de l'Inde.  Plat d'argent d'époque byzantine, VIe siècle. Musée d'Istambul. A gauche, la mosaïque de  Qasr el-Libia. L'Inde a deux cornes sur la tête, deux rayons de lumière peut-être. A ses côtés, une pintade et un perroquet.
Inde

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