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28 juin 2006

FRÉDÉRIC MISTRAL POÈTE

Mireille_web_1FRÉDÉRIC MISTRAL, POÈTE UNIVERSEL            
    Du malheur de ne pas écrire en français !

    Pour sa quatrième édition, en 1904, le jury de l’Académie Nobel décerna son prix de littérature à Frédéric Mistral .
    Au cours du siècle, les lettres françaises furent encore distinguées une dizaine de fois, avec des noms aussi prestigieux que Rolland, Gide, Bergson, Mauriac, Camus, ou Claude Simon.

    De cet anniversaire, la France en général ne s’en est guère souciée. Cependant, la Provence en particulier a guigné l’événement, du moins les Provençaux qui font du patrimoine leur fonds de commerce.
    L’invention de la Provence touristique ne date pas de Mistral, mais ses écrits sont une aubaine pour les professionnels du pittoresque.    
    Nonobstant, bienfaiteur de l’humanité par ses écrits au regard de cette distinction internationale, Frédéric Mistral demeure le seul auteur en langue régionale qui ait apporté un Nobel à la France ; première singularité, ce Français n’écrivait pas en français.

    Cependant, Mistral a donné aux lettres françaises une épopée de 6000 vers, un poème en douze chants comme la France en produit peu, "Miréio" (Mireille), que Gounod portera à la scène.
    Son oeuvre est considérable, elle comporte en outre un dictionnaire qui demeure toujours une mine d'or pour qui s'intéresse à la civilisation occitane. Mistral fut aussi un auteur de chansons populaires.

Mistraljeune    Frédéric Mistral fut un poète précoce, mais, en 1904, c’est un vieillard qu’honorent les Nobel en Suède, un homme prestigieux...  ("lire la suite")
    Premier portrait connu de Mistral, signé Jean-Joseph Bonaventure-Laurens, 18 juillet 1852 à Tarascon. Musée de Carpentras. Ci-dessus à droite, un des plus beaux portraits de l'héroïne inventée par le poète. Sculpture de M. Brouchier.

(Extrait de "Europe", n°907, Nov. dec. 2004. www.europe-revue.info

    Un grand poète français

    En 1904, c’est un vieillard qu’honorent les Nobel en Suède, un homme prestigieux, vénéré, couvert de gloire, traduit en de multiples langues, bientôt statufié de son vivant, mais un auteur dont l’essentiel de l’œuvre est déjà publié et reconnu de l’élite qui assure la réputation des arts.
    Un vieillard réfugié dans sa thébaïde maillanaise et qui ne tente pas de repousser les opportunistes du temps, ni les calotins ni les maurrassiens...   
    Frédéric Mistral était né le 8 septembre 1830. Il moura le 25 mars 1914.

Jeunemistral3    Son premier chef-d’œuvre, daté de 1859, Miréio, est un long poème de 6000 vers, une épopée en douze chants. Écrite en langue d’Oc, avec la traduction en regard, l’œuvre suscite, avant même sa diffusion, un extraordinaire écho dans la république des lettres. Car c’est à Paris que le poème est lu, et salué comme une œuvre capitale par Lamartine notamment.
    Les derniers feux du romantisme ont-ils faussé l’opinion des contemporains ? le silence actuel pourrait le laisser croire.

    Frédéric Mistral à 29 ans ; cette photo d'Étienne Carjat date de son premier voyage à Paris pour la publication de" Miréio".

    Nous avons tous entendu parler du 40e Entretient de Littérature de Lamartine dans lequel l’illustre maître immortalise le jeune provençal et son héroïne en des phrases inouïes :
    « Apparition d’un poème épique en Provence (…) Parmi ces grands esprits, morts ou vivants, il y en a dont le génie est aussi élevé que la voûte du ciel, aussi profond que l’abîme du cœur humain, aussi étendu que la pensée humaine ; mais, nous l’avouons hautement, à l’exception d’Homère, nous n’en n’avons lu aucun qui ait pour nous un charme plus inattendu, plus naïf, plus émané de la pure nature, que le poète villageois de Maillane. (…) Ô poète de Maillane, tu es l’aloès de la Provence ! tu as grandi de trois coudées en un jour, tu as fleuri à vingt-cinq ans ; ton âme poétique parfume Avignon, Arles, Marseille, Toulon, Hyères et bientôt toute la France mais, plus heureux que l’arbre d’Hyères, le parfum de ton livre ne s’évaporera pas en mille ans. »

    Voilà, tout est dit… Et le parfum se conserve d’autant mieux qu’on garde le flacon fermé.
    Célèbre, immensément célèbre, et son œuvre méconnue. Méconnue parce qu'écrite en provençal, méconnue surtout en Provence où l'on parle encore l'ancienne langue mais où on ne lit pas.
     Le grand malentendu mistralien s’installe. Car tous ceux qui se sont efforcés de lire Miréio, Les Isles d’or, ou Le Poème du Rhône dans le texte, savent que Frédéric Mistral est bien l’un des grands poètes de l’Europe moderne et qu’il a pris place parmi les grands poètes de l’humanité. 

   Toutefois, l’éloge de Lamartine se teintait d’ombres lorsque, évoquant Virgile, et mêlant sa voix à celle d’Anchise, il répète : « Tu Marcellus eris ! », promesse d’un destin suivi d’un éternel regret. Lamartine dans son enthousiasme n’ignorait pas quel désenchantement frappe les poètes lorsqu’ils se joignent aux turbulences du siècle.

     Génie précoce, Frédéric Mistral compose à dix-huit ans le premier jet de ce qui deviendra Miréio. Prenant pour modèle les grands Antiques, comme Virgile s’inspira d’Homère, il écrit ces années-là ses « Géorgiques » dans une langue superbe dont la maîtrise aujourd’hui nous stupéfie. Comme Dante fit de son toscan natal la langue italienne, Mistral forgea avec son dialecte rhodanien une langue de haute culture digne des grands troubadours du Moyen Age.

     Français, éduqué bien évidemment en français, parfaitement bilingue comme tous les hommes de son temps, le jeune provençal héritier d’agriculteurs aisés reçoit dès son plus jeune âge un enseignement classique. Naturellement, ses premiers écrits seront en français.

Mireiocd     Rejeton de la terre arlésienne, ô combien, mais point fruste campagnard. Le petit Frédéric, enfant d’un second mariage, dernier-né du maître de maison, est placé dès huit ans en pension et acquiert la meilleure formation accessible en ce milieu du XIXe siècle provençal. À vingt et un ans, il revient d’Aix-en-Provence muni d’une licence de droit. Les gains de la ferme, l’intelligente tendresse du père lui permettront dorénavant de se consacrer à sa vocation d’écrivain. Il ne cessera jamais d’écrire.

    Pochette du CD "Corou de Berra chante Miréio". Oratorio sur une musique de Patrice Conte. Le texte de Mistral est dit en provençal avec la vocalisation de son terroir arlésien.

     Précoce et doué d’une énergie peu commune, l’étudiant lit les meilleurs auteurs disponibles dans les bibliothèques d’Avignon et d’Aix. Il suit l’actualité littéraire nationale, dévore Sand, Hugo, Vigny, Gœthe, Gautier, Nodier, Michelet, et bien sûr Lamartine…

     Alors pourquoi choisit-il d’écrire en langue d’Oc alors qu’il maîtrise parfaitement le français, et que ses premiers textes sont publiés en cette langue dans la presse locale ? La réponse est et ne peut être que politique ; nous sommes après 1848.

    Miréio n’est pas une œuvre régionaliste, mais universelle. Mistral a réalisé pour le dialecte de la région d’Arles ce que les grands classiques ont accompli pour le français, il a enrichi, discipliné et magnifié sa langue vernaculaire première afin d’atteindre à l’esprit des Lumières.

    Ce qu’il raconte dans Miréio est un chant d’amour et un cri de révolte contre l’injustice. Au cœur du poème se trouve le conflit social et le drame des exclus. C’est aussi la peinture fidèle du monde rural de son enfance, un monde encore intact dans sa mémoire, mais qui s’effrite sous ses yeux et disparaît à la vitesse des premières locomotives qui traversent son terroir.
    Sur cette toile de fond, il va projeter les belles utopies des révolutionnaires de 1848 et le grand courant humanitaire qui enflamme les jeunes gens entraînés par l’élan romantique. Le Romantisme a ouvert les portes de la politique aux poètes. L’exemple de Lamartine est contagieux. C’est aussi, ces années-là, la redécouverte des troubadours et de la Chanson de Roland.

Plaque     Les premières décennies du XIXe siècle voient se mettre en place ce fait politique majeur, fruit de la Révolution : l’instruction primaire du peuple ; le paysan apprend à lire (en français). La loi Guizot fait reculer l’illettrisme, du moins chez les hommes.

  "Et le grand mot que l'homme oublie, Le voici : la mort, c'est la vie ! Et les simples, et les bons, et les doux, bienheureux ! A la faveur d'un vent subtil, Au ciel ils s'envoleront tranquilles, Et quitteront, blancs comme des lis, Un monde où les saints sont continuellement lapidés !" Miréio,Chant X.

     L’état normal du peuple méridional est le bilinguisme. L’usage du français est général dans les classes dominantes et la masse se débrouille. Les paysans, le petit peuple des villes parlent « patois » entre eux et baragouinent plus ou moins le français lorsqu’ils se trouvent dans une situation subalterne et doivent s’exprimer devant une autorité quelconque. Les scénettes des pastorales de Noël en font une caricature savoureuse lorsqu’elles mettent en présence des anges s’exprimant en français académique et des bergers qui répondent dans leur idiome (la Pastorale Maurel est de 1844). Comme chez Molière, l’usage du parler local devient un ressort comique… Pagnol n’a rien inventé.

     Contrecoup de la Révolution, les années 1830-1840 voient se développer une renaissance folklorique et religieuse mêlée, s’alliant au commerce des loisirs naissant, à travers le calendrier des fêtes patronales, des commémorations et réjouissances populaires. Les municipalités se substituent au clergé, et les associations se créent pour prendre en charge les célébrations collectives avec jeux, chants, représentations théâtrales et carnavals, et les journaux se multiplient.

    La « gueuse parfumée » disait-on pour parler de la Provence encore au début du XIXe siècle, allusion à la pauvreté de son sol et sa sècheresse estivale où s’exaltent les senteurs de la garrigue. Dès les premières décennies du siècle, les grands travaux d’aménagement, de drainage et d’irrigation vont métamorphoser le pays, particulièrement entre Rhône et Durance. La fixité des manifestations ethnologiques est une illusion. Sur des conditions de vie matérielle sans grands changements apparents, avec des outils identiques à ceux du Moyen Age, les mentalités bougent sans cesse au gré des mouvements politiques et des faits de société. On ne restitue pas les traditions, on les réinvente. Mistral va engendrer un archétype de la Provence.

   1848, Printemps des peuples
   1848
, c’est l’élan des nationalités opprimées dans toute l’Europe, les révoltes populaires, le suffrage universel. C’est la traduction politique du Romantisme… 1848, c’est Lamartine !
    Plongé dans un milieu juvénile en pleine effervescence, le jeune Mistral, sous l’influence de ses maîtres découvre sa vocation. De nombreux poètes ouvriers sont fêtés à Marseille, Agen, Nîmes. Renaissance ethnique, le passé linguistique et politique des régions méridionales ressurgit. On retrouve l’écho du « Gai-Savoir » plus ou moins embrouillé d’affabulations et d’anachronismes. Une idée circule : rendre à la langue d’Oc le prestige qu’elle avait au temps des troubadours...
    En ce milieu du XIXe siècle, les classes aisées de la société méridionales abandonnent la langue vernaculaire pour n’employer que le français. Les classes moyennes suivent. On apprend au peuple à lire et à écrire, mais en français bien évidemment. Une abondante production littéraire dans les dialectes occitans existe, disponible en d’innombrables graphies détournées du français, s’efforçant de restituer le génie populaire de la tradition orale, renforçant ainsi la conviction qu’il ne s’agit là que d’un patois de province propre à amuser.

    Frédéric, en compagnie de la jeunesse du canton, endosse la ceinture rouge des républicains, arbore un brin de thym symbole de la Montagne, et plante des arbres de la Liberté en criant « Vive Marianne ! » On danse la Carmagnole au grand effroi des royalistes, nombreux dans ce triangle fertile qui gardera longtemps la réputation de Vendée provençale.

    Le coup d’État du 2 décembre 1851 stoppe net le bel enthousiasme. La répression s’abat, féroce. Il faut cacher ses opinions et se mettre au vert.

    Frédéric Mistral s’attelle à son grand œuvre. Il choisit d’écrire en langue d’Oc et se préoccupe de restaurer la graphie occitane en s’inspirant du dictionnaire d’Honnorat (publié en 1846) proche de la graphie classique des troubadours du XIe siècle.

Mistral5    Son sujet ? une histoire d’amour absolu. Miréio est le roman de l’amour tout puissant qui transcende une vie et supplante tout autres considérations de rang social, de fortune ou d’âge ; la malédiction d’aimer dans un milieu où l’amour ne compte pas, monde du village archaïque, du mas clos, de la famille terrienne. Nous parlons ici de l‘amour passion tel que l’exprime le jeune couple de Mireille et Vincent.
    Elle a presque quinze ans, il en a seize à peine. Elle est fille unique d’un aristocrate de la terre, maître Ramon, Vincent est un travailleur saisonnier, originaire d’un pays mal famé, là-bas, de l’autre côté de l’eau. Il est fils de vannier à Vallabrègues, c’est un va-nu-pieds, quoi, un bohémien comme on disait, à cette époque où l’on n’avait pas encore inventé les Arabes. Et les deux adolescents s’aiment. Les pères s’affrontent dans un terrible dialogue où les mots tuent impitoyablement.

    Mistral en 1910, frontispice de sa traduction de la Genèse. En épigraphe, le banissement d'Agar et de son fils Ismaël... Éternellement chassés au désert. "Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre d'eau qu'il donna à Agar, puis il lui mit l'enfant sur l'épaule et la congédia". XXI-14.

    La jeune Mireille s’enfuie de chez elle espérant trouver du secours auprès des Trois Maries venues par mer de Palestine. Elle ne rencontrera que la mort. Dans un dernier souffle, Mireille souhaite que la mer déborde et recouvre la Crau de ses vagues pour engloutir le mas et ses terres. Alors, joyeuse, elle verrait disparaître ce bien au soleil, seule cause de son malheur. Elle regrette n’être pas née d’une pauvresse dans quelque masure pour pouvoir se marier avec son Vincent. Ô mon beau Vincent pourvu qu’avec toi je puisse vivre et t’embrasser comme fait le lierre, dans les ornières j’irais boire ! et je me nourrirais de tes baisers ! Dans ce monde, le grand mot que l’homme oublie, le voici : la mort, c’est la vie !…

    Quel terrible mal a-t-il frappé le jeune poète à l’aube de sa vie amoureuse pour lui faire écrire de telles pages aux sonorités baudelairiennes ?

    Au fil des strophes, tout un peuple défile dans ses occupations, accompagnant l’implacable marche de la jeune vierge sacrifiée, marche balisée des signes de reconnaissance de l’idéal républicain auquel Mistral n’avait pas renoncé et que le lecteur d’aujourd’hui débusque ça et là.

    Non, Mireille n’est pas cette dame un peu mûre qui meurt échevelée, entourée de gardians et d’arlésiennes en costume folkloriques, tandis qu’un ténor pousse la chansonnette, genou à terre sur une scène d’opéra. Gounod, en 1863, ne pouvait qu’avoir une lecture catholique afin de composer une musique qui ne détonne pas au côté de son hymne à Pie IX, le pape du Syllabus ; mais l’œuvre du musicien n’a qu’un lointain rapport avec le poème de Mistral.Mireille_web_2

    Privilège du chef-d’œuvre, Mireille et Vincent ont pris place au panthéon des couples immortels, Daphnis et Chloé, Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Paul et Virginie (chez Mistral c’est la fille qu’on nomme en premier !)
    À propos, ce nom de "Miréio" n'était pas usité pour nommer les filles, avant que Mistral ne l'employât pour son héroïne. C'est une déformation de "Merveille" en référence aux Sept Merveilles du monde...

    Malgré l’obstacle de la langue, c’est à Paris que Miréio est reçue en un premier temps. Dans Avignon où le livre est imprimé, la « séquelle dévote », la toute puissante confrérie qui régente les esprits, met aussitôt le poème à l’index ! Du haut de la chaire et dans les bibliothèques paroissiales les prédicateurs soulignent la perversité du poème, l’immoralité de certaines strophes d’une lecture « répugnante », « Ils disent que mon poème est un réceptacle d’immondices… », écrit Mistral à un ami. L’appui de Lamartine et de tous les grands noms de la littérature sortiront Mistral de l’étouffoir provincial.

    À Miréio succéda Calendal, et les grandes compositions des Isles d’or. Le sommet de son œuvre littéraire sera peut-être Le Poème du Rhône, laissons les spécialistes en décider.

    Frédéric Mistral consacra sa vie à une idée : « Le relèvement et le développement des intérêts spirituels de son pays natal, sa langue, et sa littérature, et sut par l’influx et la flamme de la divine poésie évoquer la figure éternelle de la Provence », si l’on en croit les attendus du prix Nobel en 1904. Mais il n’y aurait que Miréio cela suffirait à la gloire d’un poète que les récupérations tardives d’un Maurras ou d’un Pétain n’ont pas ébranlée.

    N’en reste pas moins que l’obstacle de la langue est bien réel. Il l’était à l’origine et le demeure puisque le projet politique de Mistral et de ses amis du Félibrige n’a pu voir le jour sous la férule d’un pouvoir centralisateur français. La traduction française que Mistral écrivit pour accompagner la publication de Miréio, était destinée prioritairement, dans son projet, à inciter la bourgeoisie provençale, encore bilingue, à réapprendre sa langue d’origine en lui soulignant ce qu’elle contenait de richesses. Lue aujourd’hui, cette traduction est décourageante.

Conte_3    Peut-on traduire la poésie ? Dante aussi avait le choix entre plusieurs idiomes ; on ne saurait revenir sur l’élaboration des œuvres. Elles sont. Le temps est peut-être venu de mettre à la portée du lecteur français les poèmes de Mistral. Ce sera la tâche d’un familier de l’univers mistralien et fort d’une âme de poète.

    À droite, le musicien et compositeur Patrice Conte, auteur de l'oratorio.    
    Écrivant ceci je songe à Robert Lafont, un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre et des plus passionnés, qui pouvait écrire : « La Provence se trouve interprétée mythiquement jusqu’en sa géographie. Il n’y a pas, semble-t-il , depuis l’Antiquité d’autre exemple d’une saisie aussi impérieuse d’un pays par un génie poétique. Et même l’Antiquité se trouve dépassée par l’épique de Maillane. » (Mistral ou l’illusion, page 72).

Corou2    L'été dernier, en Provence, nous sommes allés revoir le tombeau du poète. Étrange monument. Commandé de son vivant, il reproduit un ravissant pavillon du XVIe siècle. L’épitaphe est en latin. Mistral composa peu avant sa mort un court poème sur cet édifice (seul luxe qu’il se soit jamais offert). Lucide, il imagine les passants au fil du temps s’interrogeant sur le défunt dont le nom ne survit plus guère que dans le chant des grillons bruns. Enfin, à bout d’explications, les gens diront que c’est là le tombeau d’un mage, car d’une étoile à sept rayons, le monument porte l’image…                     

   (Europe. Revue littéraire. 82e année. N°907. Nov. dec. 2004.)   www.europe-revue.info  
   
    Le Corou de Berra chante "Miréio" devant le Mas du Juge, lieu de naissance de F. Mistral. Musique de Patrice Conte, direction musicale Michel Bianco. Ce spectacle fera l'objet d'un disque unique pour marquer l'anniversaire du Nobel. Le texte de Mistral est restitué dans sa pureté originelle.

Jean-Marie Lamblard

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Voici les sites qui parlent de FRÉDÉRIC MISTRAL POÈTE :

SITES COMPLICES

  • Actionreporter.com
    De magnifiques images sous mille soleils : trek dans le désert, montagnes du Pérou, alpes enneigées...
  • Les Editions Imago
    Les Editions Imago proposent des éssais, romans, témoignages, faits de société, enquête...
  • Polyphonies des Alpes de Méditerranée
    Le Corou de Berra, dirigé par Michel Bianco, est le courant le plus authentique et novateur du chant polyphonique des Alpes Méridionales.
  • Despatin, Gobeli, photographes
    François Despatin, Christian Gobeli, deux photographes, artistes du portrait et témoins de leur temps.
  • Ernest Pignon-Ernest
    Le site officiel de l'artiste plasticien, ami et complice en méléagriculture...
  • Le Monde Diplomatique
    La pintade, oiseau-nègre, vue par le Monde Diplomatique
  • Théâtre du Fust
    Créé et animé par Émilie Valantin, le Fust est depuis vingt ans la meilleure troupe de marionnettes tous publics de France.
  • Ligue des Droits de l'Homme, LDH.
    Le site de la LDH de Toulon, animé par FRANCOIS, est prioritairement le reflet des activités de la section régionale. Répodant aux enjeux locaux, il propose des éléments de réflexion sur le passé récent et le présent des relations franco- méditerranéennes. C'est un centre de ressources pour ceux qui s'interrogent sur les relations de l'homme et de la société.
  • René Merle et la culture d'Oc.
    Chroniqueur et romancier, agrégé d'histoire, René Merle présente un regard sur trente ans d'activités dans les domaines de la fiction , poésie, théâtre, ainsi que la recherche socio linguistique au bénéfice de la culture d'Oc. Son site est un jardin d'Épicure.
  • Les Éditions Comp'Act
    Poèsie, théâtre, essais, roman, et deux revues : "La Main de singe", et "La Polygraphe". Henri PONCET a créé sa maison dans les années 80 et l'a installée à Chambéry. Comp'Act est tout simplement un éditeur français de création littéraire qui honore sa profession.
  • EUROPE, revue littéraire mensuelle.
    Fondée en 1923 sous l'égide de Romain Rolland, EUROPE est aujourd'hui encore l'une des principales publications littéraires de langue française. Ses dossiers consacrés à un auteur ou un courant esthétique font autorité. C'est une revue que l'on garde dans sa bibliothèque et que l'on consulte; le rendez-vous des amoureux des lettres et de la littérature.
  • Lettres d'Archipel
    "Lettres d'Archipel", chaque mois, une chronique sous forme de lettre est adressée gratuitement aux correspondants qui laissent leur adresse électronique en cliquant sur le lien : jm@lamblard.com

ARCHIPEL DES MOTS


  • Le mot archipel a une histoire, mieux qu'une étymologie. L'italien "arcipelago" conserve l'origine grecque venue de la mer Égée. D'abord "mer parsemée d'îles", l'archipel est aujourd'hui un groupe d'îlots. C'est à l'archipel qui se trouve au large de sa baie, que la ville d'Alger doit son nom, Al-Djaza'ir, venu de l'arabe. Auparavant, le site se nommait "Ikosim" en punique, "Ile aux Mouettes... Les latin écriront "Icosium".

  • Barberousse, le corsaire turc qui fonda la citadelle d'Alger vers 1517, annexa également la poignée d'îlots située au large.

  • Ibn Khaldoun écrit, à la fin du XIVe siècle, dans le tome second de l'"Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", qu'un Fatimide autorisa la fondation de trois villes, dont une "sur le bord de la mer appelée Djézaïr-Béni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna). Maintenant Alger..." Les Béni-Mezghanna sont des Kabyles. De la ville, le nom passa au pays dont Alger devint la capitale en 1839.

  • Le terme français archipel a reçu par métaphore la valeur d'ensemble... Les mots comme les hommes ont des ailes, ils voyagent.... Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour...

  • Des idées et des mots en Archipel. Sur la mer des Deux Rives, et ses horizons qui furent de tout temps au coeur de l'imaginaire, voguant sous le pavillon des Lumières, Archipel se déroule à l'image d'un portulan virtuel. Il s'élabore d'une escale à l'autre, en usant des chemins de traverse et du réseau de voies qu'empruntent les migrations d'hommes, d'oiseaux, et de mots. Le domaine est l'espace méditerranéen jusqu'aux terres du pourtour.

  • Pour ce puzzle, les avatars de l'imaginaire sont à réinventer toujours, comme s'y emploient les oeuvriers de l'Art Brut et les Vagabonds des Lettres. Archipel ! De Venise à Alexandrie, d'Occitanie en Egypte, des Iles d'Or à Chypre, de Kateb Yacine à Frédéric Mistral, d'Artémis à Marianne, des Vautours aux Pintades, du Sanglier à l'Ours, les signes se répondent et s'échangent.