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04 juillet 2006

DES PINTADES PLUS BELLES QUE LES VÔTRES

    La pintade dans la Mythologie grecque

    Dernières trouvailles :

    Oui, ce site est aussi celui de la Pintade. Nous lui avions donné asile, il y a longtemps, au siècle dernier – du temps de Théodore Monod au moins – depuis, elle ne nous quitte plus. Ce qui nous vaut de pouvoir offrir aux visiteurs une base d’information unique sur cet oiseau. Merci mon Dieu. Car, ainsi que l’affirme Alexandros de Mynde, il existe au monde deux catégories de citoyens, ceux qui connaissent quelque chose de la pintade, et ceux qui l’ignorent…

    Appréhender l’homme non par la bête mais par l’animal de préférence, les oiseaux en tête qui incarnent l’aspiration à s’élever vers les étoiles, voilà qui augurerait bien des temps à venir. (Voir notre article "Pintade oiseau africain")

    LA MÉTAMORPHOSE DES MÉLÉAGRIDES
    Notre dernière trouvaille est celle d’un rare skyphos du Ve siècle avant notre ère, à figures noires, jamais encore publié, portant sur sa panse quatre pintades : les Méléagrides.
Sicile1    Pour les Grecs anciens, la pintade était le résultat de la métamorphose des sœurs de Méléagre en oiseaux. Ainsi, en grec, « pintade » se disait méléagride.

Skyphos à figures noires, Ve siècle avant notre ère. Trouvé en Sicile. Musée de Palerme. (Photo Lamblard). La découverte de ce vase vient augmenter la série des skyphos décorés de pintades.

    La métamorphose des Méléagrides clôt le grand récit mythologique de la chasse au sanglier de Calydon. Elle constitue l’épilogue du drame qui expose la mort du jeune héros Méléagre et parachève le destin des sœurs inconsolables, attendu que le lien affectif dominant dans ce récit, son penchant essentiel, est l’amour « adelphique » qui attache ces filles à leur frère aîné.
    Attachement qui explique également le geste de la mère infanticide jetant au feu le tison portant la vie de son fils Méléagre.

    L’AMOUR ADELPHIQUE INCESTUEUX
    Je ne reprendrai pas ici le récit complet de la chasse au Sanglier de Calydon (je l’ai racontée, pages 91 à 100, dans L’Oiseau nègre, l’Aventure des pintades dionysiaques. Imago. 2005), mais résumerai l’histoire des sœurs affligées.
Beotien3    Cet amour adelphique qu’aujourd’hui on qualifierait d’incestueux, apparaît dans les civilisations anciennes comme un thème récurrent intégré au pouvoir. Les mythes méditerranéens lui font une large place. Nul n’ignore que les pharaons épousaient leur sœur, et Caligula s’empressa de copier les fils de Rê en convolant avec sa sœur Drusilla.

Autour de Méléagre mourant, ses soeurs se lamentent. Détail d'un sarcophage d'époque romaine.
    La grande déesse Isis rechercha aux bords du Nil les restes de son frère-époux Osiris ; l’Olympe célébra les noces de Zeus et d’Héra, couple incestueux. Les sept Héliades demeurèrent inconsolables de la mort de Phaéton fils du Soleil, leur frère foudroyé, ce qui leur valut d’être métamorphosées en peuplier, etc.
    En outre, la divinité qui intervient tout au long de la chasse au sanglier de Calydon, et provoque le drame expiatoire est Artémis, sœur jumelle d’Apollon, elle aussi profondément attachée à son frère.

    LA BÊTE QUI TUE
    Entre le fauves homicides, le sanglier est un tueur d’éphèbes. Un meurtrier de héros et de rois, un éventreur. L’incursion d’un sanglier (d’un lion, d’un ours) dans un récit représente l’épreuve imposée au jeune homme à la fin de son initiation lorsqu’il aspire au rang supérieur de sa communauté.

Beotien4    Dans la chasse de Calydon, c’est le Solitaire, le vieux mâle castrateur venu de la forêt sauvage pour détruire la terre cultivée qui surgit et agresse. C’est au haut des cuisses et au bas-ventre que frappent les sangliers lorsqu’ils s’attaquent aux braves, puisque c’est dans l’os fémoral que s’élabore la puissance génésique des guerriers, dans la crurale interne, et c’est là que la bête tue.

Sarcophage montrant la chasse au sanglier de Calydon. Eleusis, Grèce, 2e siècle de notre ère.    
    (Photo Lamblard)
  Adonis le Dédaigneux en mourût. Le Petit Ancée d’Arcadie fut émasculé. Ulysse garda une profonde cicatrice à la cuisse et cette marque permit à sa nourrice de l’identifier lors de son retour à Ithaque. Mais le plus célèbre parmi les sangliers mythologiques est celui de Calydon.
    Enfin, la légende atteint au mythe dans son dénouement qui se conclut par une métamorphose au cours de laquelle la nature domptée s’enrichit d’une espèce animale nouvelle.

    UN UNIVERS EN COURS D’ACHÈVEMENT
    Le propre des mythologies est de nous montrer l’univers en cours d’achèvement, et la nature à l’œuvre dans la différenciation des espèces sous l’influence des dieux.
    Nous, au XXIe siècle, rejetons d’une civilisation de l’achevé, qui n’avons d’autres perspectives que d’organiser l’inventaire des espèces en voies de disparition, prenons le temps d’écouter l’un des derniers échos de l’origine des êtres, le bruissement des commencements dans l’acharnement du destin.
Beotien5    Dans notre monde où les conditions faites à l’individu le conduisent souvent à régresser, selon une métamorphose inversée, du papillon à la chrysalide, du papillon de l’enfance jusqu’à la chenille et à la larve trentenaire, le récit des origines enseigné par les mythologies, chevauchant les morales ancillaires, nous ouvre encore les portes d’un monde dionysiaque.
    Sarcophage au Musée archéologique d'Athènes. Énésime a les jarrets tranchés par le fauve. (Photo Lamblard)
(La suite ci-dessous...)

Beotien6    LA PINTADE, DERNIÈRES DÉCOUVERTES (suite)

    LES PINTADES GRECQUES

    Les représentations de la chasse au sangliers de Calydon sont nombreuses, surtout sur les sarcophages.
    Sarcophage du Musée d'Autun, le sanglier de Calydon charge un des chasseurs et le tue. (Photo Lamblard)

    La métamorphose des sœurs de Méléagre en pintades n’avait jamais été représentée, jusqu’à ce que Ernest Pignon-Ernest n’aborde ce sujet pour préfacer « L’Oiseau nègre » (page 97).

    Avant ce jour, nous ne connaissions qu’un skyphos portant des représentations de pintades. Il est conservé à New York. Notre dernière trouvaille provient de Sicile, il s’agit d’un vase identique à celui du Métropolitan Museum (dont la photo est reproduite page 104), il daterait de 480 avant notre ère.
     Actuellement exposé au Musée de Palerme, provenant d’une collection privée, son origine serait insulaire. Il est décoré de quatre pintades au corps globuleux, noir pointillé de blanc. La stylisation des oiseaux poussée jusqu’à la caricature rappelle le skyphos perdu de Munich, et affermit notre thèse sur l’ancienneté du mythe des Méléagrides ; et suggère l'origine autochtone des pintades grecques.
    Michel Bats nous signale (novembre 2005) un vase identique aux précédents conservé à Tarquinia. Pignon_bis_2

    L’OISEAU NÈGRE,
   NOTRE "POULE D’INGRES"

Sicile2    Depuis les premiers articles parus dans des revues spécialisées, et la publication de L’Oiseau nègre en volume, de nombreux correspondants nous ont apporté des informations inédites et des documents nouveaux.

Skyphos à figures noires, 480 avant notre ère. Trouvé en Sicile. Musée de Palerme. (Photo Lamblard) Quatre "Méléagrides" noires pointillées de blanc.
    Ainsi de Raymond Pujol, Baudoin Van Den Abeele, Francis geus, Jean Jouanaud, Sydney H. Aufrère, Jean Yoyotte, Michel Bats, Claude Sintes… L’ouvrage s’enrichit de cet apport précieux à chaque réédition. En attendant la prochaine mouture, c’est ici, sur le site « Lettres d'Archipel » que les trouvailles sont publiées en avant-première.

Beotien2    Voir également notre article "Pintade, oiseau africain"; ainsi que le dossier dans "Lettres d'Archipel" : Enigme de la Pintade iranienne.)   
 

À gauche, ci-dessus, le skyphos conservé à New York, Ve siècle avant notre ère. En bas à droite, ce qui reste du skyphos conservé à Munich : un dessin d'une des pintades qui ornaient la panse représentant les Méléagrides (Ve siècle av.).
    Michel Bats nous signale un skyphos identique conservé au musée de Tarquinia.

Beotien_1JML.
(Dernières notes : " Pintade, oiseau de Paradis" .
     "Enigme de la Pintade iranienne"

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