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18 janvier 2007

LE SCULPTEUR AIMÉ-JULES DALOU

    BIOGRAPHIE RÉSUMÉE DE DALOU, 1838-1902

    Le sculpteur Aimé-Jules DALOU, élève de Carpeaux, ami de Rodin, est peu connu du public français, même de ceux des Parisiens qui tournent chaque jour autour de l’extraordinaire bronze du « Triomphe de la République » que l’on voit au centre de la place de la Nation.
    Souvent, un grand talent va de pair avec une personnalité intransigeante et s’accompagne d’une passion pour son art incompatible avec les lois du marché. On ne peut comprendre Dalou, et le relatif secret qui entoure son œuvre, sans resituer l’homme dans son temps et dans son milieu social.

Rpublique6_1    Dalou est né à Paris, le 31 décembre 1838, dans une famille d’artisans gantiers. Ses parents d'origine protestante l’élèveront dans la laïcité et l’amour de la République.
    L’enfant connut les enthousiasmes populaires et naïfs de la IIe République, la Sociale, il suivit les foules de 1848 qui allaient écouter Lamartine exalter la démocratie aux trois couleurs de la France.
    Il grandit dans l’utopie du «Printemps des peuples» qui signifiait à la fois l’émancipation du citoyen et l’affirmation de la souveraineté nationale par le suffrage universel.
    La guerre franco-allemande de 1870, qui balaya le Second Empire et ses fastes, fit naître le soulèvement populaire de la Commune de Paris, un drame au cœur de la nation  où le destin de Dalou basculera.
(À gauche, "Triomphe de la République" de Dalou au centre de la place de la Nation. Une des plus belles images de femme que l'on puisse voir à  Paris. Photo Lamblard)

    Un enfant doué pour les arts 
    Aimé-Jules Dalou avait montré très jeune des dons pour le modelage et le dessin, ce qui lui avait valu l’attention de Jean-Baptiste Carpeaux, lequel le fit entrer dans une école primaire d’art plastique, la Petite École. Puis à quinze ans, Carpeaux le présenta à l’École des beaux-arts de Paris où le garçon se lia d’amitié avec Rodin.
    Le jeune artiste gagna sa vie dans les grands chantiers de la capitale en se formant à l’architecture et à la décoration des immeubles sur les grandes avenues parisiennes. Il travailla également pour un atelier d’orfèvrerie.
    Durant ces années obscures de formation, Dalou épousa Irma Vuillier, une femme de fort caractère qui le soutiendra toute sa vie. Le couple n’aura qu’un enfant, Georgette, une fille de santé fragile.
    Lorsque éclate la guerre de 1870, Dalou âgé d’une trentaine d’années a déjà amorcé sa carrière de sculpteur. Un marbre « Daphnis et Chloé » présenté au Salon a été acheté par l’État, une « Brodeuse » recevra un troisième prix. Des échecs répétés au Prix de Rome lui démontrent les intrigues de l’institution et suscitent sa méfiance envers le conformisme tout puissant.

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    La Commune de Paris
    Le conflit franco-allemand bouleverse l’ordre du Second Empire et la défaite de Sedan provoque la proclamation de la IIIe République.
    Dalou s’engage dans le combat. On le retrouve officier au 83e bataillon des fédérés. Gustave Courbet que l’on vient d’élire à la Fédération des Artistes de la Commune de Paris, appelle Dalou auprès de lui comme curateur au Louvre chargé de la protection des oeuvres.
    Le "Cortège de Silène", groupe de Dalou, Jardin du Luxembourg, 1885. (Photo Lamblard)

    Le printemps de 1871 avec la liberté recouvrée s’annonce avec un air de fête. Les artistes rêvent d’ouvrir les musées à tous, les lieux de culture, les bibliothèques, ils font leur « révolution culturelle ».
    Pourtant la guerre civile s’installe, les Versaillais retournent les canons contre le peuple. Le 21 mai 1871 commence la Semaine sanglante, un des moments les plus sinistres de notre histoire et des moins compréhensibles pour la France profonde. Les Tuileries brûlent, l’hôtel de ville est attaqué. On fusille au Père-Lachaise.
    La Commune de Paris avait nommé Dalou, administrateur provisoire adjoint au Louvre avec mission de protéger les collections du vandalisme. Le 17 mai, il s’était installé avec sa petite famille dans le musée. C’est probablement la vision des émeutes et des barricades incendiées qui firent chavirer la raison de la petite Georgette. Eugénie Dubreuil écrit :
    « La violence des événements, l’incendie des Tuileries furent sans aucun doute à l’origine de la perte de raison de sa fillette de trois ans qui nécessita, jusqu’à sa mort pendant la première guerre mondiale, la présence à ses côtés d’un adulte responsable. C’est pour cela que Dalou lèguera son atelier à l’Orphelinat des Arts et c’est pour cela que les chercheurs disposent actuellement de plus de 300 œuvres achetées par la ville de Paris à l’orphelinat en 1905. »
(Bulletin des Amis de la Commune, 2002)

Silne2 Le "Cortège de Silène", détail, jardin du Luxembourg. (Photo Lamblard)
  L’exil de Dalou
    Après le triomphe des Versaillais, au cours du mois de juillet, Dalou et sa famille quittent Paris et vont chercher refuge à Montrouge chez un de leurs amis. Ils seront hébergés chez le sculpteur Alexis André. Et en novembre 1871 ils pourront fuir la répression et se réfugier en Angleterre.
    Le 1er mai 1874, le conseil de guerre du gouvernement Mac Mahon, qui vient d’interdire les bustes de Marianne dans les lieux publics, condamne par contumace Aimé-Jules Dalou aux travaux forcés à perpétuité, ainsi que de nombreux intellectuels.
    Nous avons cru utile de souligner que Dalou était né dans un milieu protestant. On sait quel rôle capital a joué la petite communauté protestante dans l’enracinement laïque du pouvoir politique issu de 1848. Ils seront présents auprès de Jules Grévy. Au début de la Troisième République, en 1870, les catholiques dans leur ensemble, par obéissance à Pie IX se tiendront à l’écart ; c’est en partie ce vide intellectuel qui explique la participation des autres familles de pensée auprès des laïques en ces moments révolutionnaires.
    Intègre et fier, Dalou n’acceptera jamais le pouvoir issu de la répression. Ses lectures le rapprochent de Proudhon et de Blanqui davantage que de Thiers.
    À Londres, les premières années sont misérables, mais rapidement Dalou trouve un emploi de professeur de modelage et sa réputation d’artiste se confirme. Il reçoit des commandes importantes.
    Ses succès londoniens lui vaudront d’être sélectionné pour figurer dans de grandes expositions internationales. Il reçoit commande d’une fontaine publique et d’un monument pour le château de Windsor.
    Ce n’est qu’en mai 1879, après avoir été amnistié sous le président Jules Grévy, le premier président républicain authentique, que Dalou et sa famille rentrent d’exil.
Chrobertdalou_1Buste de Charles Robert, homme politique (1827-1899), sculpté par Dalou à la fin de sa vie. (Photo Lamblard)

   Un artiste public 
    Aimé-Jules Dalou s’installe à Paris et commence une extraordinaire carrière de sculpteur, réalisant quelques-uns des plus beaux monuments publics du XIXe siècle. Ses pièces majeures figurent dans les musées du monde et sur les places de Paris, Bordeaux, Oran, Quiberon, Bourges, Auteuil, Londres. Ses gisants de Blanqui et de Noir sont des chefs-d’œuvre, et le jardin du Luxembourg abrite trois groupes parmi les plus réussis. Une vingtaine d’années de labeur acharné.

    Dalou est mort le 15 avril 1902. Il repose au cimetière du Montparnasse sous une simple dalle posée au sol.
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                        Jean-Marie Lamblard.

(Voir également : "Dalou, un sculpteur et la République", sur ce même site)

* Références : Europe, revue littéraire, mars 2006, n° 923. "Dalou, des gisants et des morts", pages 329-337.

* De nombreuses photos dans : Insecula 
* Une page consacrée à Dalou se trouve désormais dans l'Encyclopédie Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aimé-Jules_Dalou 

** Un nouveau billet sur notre site : Le monument de Sidi-Brahim et la France de Dalou


   

SITES COMPLICES

  • Actionreporter.com
    De magnifiques images sous mille soleils : trek dans le désert, montagnes du Pérou, alpes enneigées...
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    Créé et animé par Émilie Valantin, le Fust est depuis vingt ans la meilleure troupe de marionnettes tous publics de France.
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    Le site de la LDH de Toulon, animé par FRANCOIS, est prioritairement le reflet des activités de la section régionale. Répodant aux enjeux locaux, il propose des éléments de réflexion sur le passé récent et le présent des relations franco- méditerranéennes. C'est un centre de ressources pour ceux qui s'interrogent sur les relations de l'homme et de la société.
  • René Merle et la culture d'Oc.
    Chroniqueur et romancier, agrégé d'histoire, René Merle présente un regard sur trente ans d'activités dans les domaines de la fiction , poésie, théâtre, ainsi que la recherche socio linguistique au bénéfice de la culture d'Oc. Son site est un jardin d'Épicure.
  • Les Éditions Comp'Act
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  • Lettres d'Archipel
    "Lettres d'Archipel", chaque mois, une chronique sous forme de lettre est adressée gratuitement aux correspondants qui laissent leur adresse électronique en cliquant sur le lien : jm@lamblard.com

ARCHIPEL DES MOTS


  • Le mot archipel a une histoire, mieux qu'une étymologie. L'italien "arcipelago" conserve l'origine grecque venue de la mer Égée. D'abord "mer parsemée d'îles", l'archipel est aujourd'hui un groupe d'îlots. C'est à l'archipel qui se trouve au large de sa baie, que la ville d'Alger doit son nom, Al-Djaza'ir, venu de l'arabe. Auparavant, le site se nommait "Ikosim" en punique, "Ile aux Mouettes... Les latin écriront "Icosium".

  • Barberousse, le corsaire turc qui fonda la citadelle d'Alger vers 1517, annexa également la poignée d'îlots située au large.

  • Ibn Khaldoun écrit, à la fin du XIVe siècle, dans le tome second de l'"Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", qu'un Fatimide autorisa la fondation de trois villes, dont une "sur le bord de la mer appelée Djézaïr-Béni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna). Maintenant Alger..." Les Béni-Mezghanna sont des Kabyles. De la ville, le nom passa au pays dont Alger devint la capitale en 1839.

  • Le terme français archipel a reçu par métaphore la valeur d'ensemble... Les mots comme les hommes ont des ailes, ils voyagent.... Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour...

  • Des idées et des mots en Archipel. Sur la mer des Deux Rives, et ses horizons qui furent de tout temps au coeur de l'imaginaire, voguant sous le pavillon des Lumières, Archipel se déroule à l'image d'un portulan virtuel. Il s'élabore d'une escale à l'autre, en usant des chemins de traverse et du réseau de voies qu'empruntent les migrations d'hommes, d'oiseaux, et de mots. Le domaine est l'espace méditerranéen jusqu'aux terres du pourtour.

  • Pour ce puzzle, les avatars de l'imaginaire sont à réinventer toujours, comme s'y emploient les oeuvriers de l'Art Brut et les Vagabonds des Lettres. Archipel ! De Venise à Alexandrie, d'Occitanie en Egypte, des Iles d'Or à Chypre, de Kateb Yacine à Frédéric Mistral, d'Artémis à Marianne, des Vautours aux Pintades, du Sanglier à l'Ours, les signes se répondent et s'échangent.