VAUTOURS ET TOURS DU SILENCE EN IRAN.
LA RELIGION DES CORPS EXPOSÉS AUX VAUTOURS
Au pays du Mazdéisme et de Zarathoustra
Cet article se propose de faire le point sur un mode funéraire rare mais suffisamment attesté, et encore en usage de nos jours dans un grand pays moderne et industriel, où le cadavre humain est exposé au soleil dans une "Tour du silence", afin que les oiseaux charognards le décharnent.
Ces "funérailles célestes", dont le raffinement spirituel apparaît peu au premier regard, ont pour conséquences secondaires de ne point laisser de traces facilement identifiables par la recherche archéologique. Nous circonscrirons notre survol dans un champ qui ne dépassera l'Europe et l'Asie proche, particulièrement le plateau iranien. Une brève incursion en régions Berbères d'Algérie, ainsi qu'un regard sur les Celtes méditerranéens ébaucheront de futures investigations.
Les rites funéraires sont à travers l'espace et le temps l'un des principaux témoignages de civilisation, et furent parmi les indices de l'hominisation, avec la domestication du feu. Si l'on considère que le premier humain qui prit soin de ses morts vivait il y a plus de 300 000 ans (Neandertal), on peine à concevoir le nombre de sépultures, de protocoles d'inhumation, d'incinération, et d'autres modes de résorption du cadavre que cet animal pensant et imaginatif dût mettre en pratique.
Le vautour commun (karkas en iranien), espèce de vautour fauve, est devenus très rares en Iran depuis l'interdiction des "Tours du silence".
Certaines civilisations n'ont laissé que des tombes. Que resterait-il des Etrusques, ou même de l'Egypte ancienne, si l'on faisait abstraction du domaine funéraire ? Il ne faut point s'étonner de ce que nous rassemblons sous le vocable « funérailles célestes » pour la commodité du propos soit quasiment inexistant dans la documentation : les restes mortuaires deviennent difficilement identifiables par la suite.
L'attention portée au cadavre, et le rituel communautaire de prise en charge de la dépouille sont définis par la religion officielle dominée par ses croyances en une survie, une renaissance, une métempsycose, ou le néant, avec des considérations dictées par le mode de vie nomade ou sédentaire, agricole ou pastoral. Nous achèverons cette note en nous interrogeant sur certaines nécropoles des Gaulois.
Une "Tour du silence" à Yazd, Iran.Lieu où l'on transportaient les cadavres humains pour les confier aux rapaces. (Photo Lamblard. Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
Les textes principalement et l'observation ethnologique permettent une première approche de ce singulier destin du corps humain après la mort. On perçoit aussitôt l'importance de l'écriture et des relations antiques conservées pour l'estimation des peuples anciens, et de leur prise en considération par les historiens.
Déjà, une inégalité de traitement : des civilisations, et non des moindres, n'ont pas utilisé l'écriture pour noter leur propre mémoire, ce sont leurs voisins, et souvent leurs ennemis, qui en parlent. Ici encore, il faudra prendre en compte le contexte.
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