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05 janvier 2008

LA PINTADE PARMI LES EMBLEMES DU PARADIS

    L'unique site complet sur la pintade :

    LES PINTADES, DE DIONYSOS AU CHRIST.

    Cet oiseau singulier, et très mal connu, la pintade, a fait l'objet d'une thèse d'ethnozoologie, et d'un livre * qui reste à ce jour le seul ouvrage en français décrivant ses origines, et les mythes qui lui seront attachés au cours des millénaires.
    C'est ainsi qu'on reconnaît cet oiseau parmi les  emblèmes du Paradis biblique tels qu'ils apparaissent dans l'iconographie d'influence orientale conservée tout autour de la Méditerranée.
    Sur le site se trouve déjà un article traitant de la mythologie avec des photos inédites, notamment d'un skyphos du Ve siècle av. n. ère (cliquer ici). Un dossier complet sur l'art des Perses Sassanides complète la recherche sur l'iconographies de la Pintade : "Enigme de la Pintade iranienne".

Pintade3_2    Selon notre projet de placer sur la Toile, en priorité, l’état de quelques recherches, et d’afficher les documents au fur et à mesure de leur découverte, afin que chacun au hasard des rencontres puisse se les approprier, voici la reproduction inédite d’une rare mosaïque, récemment exposée en Libye, où l'on voit deux pintades.
    Cette composition datée de 539 renforce notre hypothèse concernant les représentations de pintades à l’époque byzantine parmi les oiseaux du Paradis, associés à l'idée de Résurrection.

GrenadesÀ gauche, un couple de pintades communes. À droite, la mosaïque de Qasr el-Libia, Libye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis venu des Perses. VIe siècle.
(Photos Lamblard)

    MOSAÏQUES  BYZANTINES
    Dernière trouvaille, ou plus justement la dernière image puisque nous avions signalé cette mosaïque libyenne dans « L’Oiseau nègre » (page 131), sans pouvoir en présenter la reproduction.
    Parmi les richesses archéologiques conservées en Libye, il y a notamment des lieux de cultes paléochrétiens, tels ceux de Qasr el-Libia.
    Situé en Cyrénaïque, ces vestiges illustrent la grande époque des basiliques chrétiennes d’Afrique septentrionale du VIe siècle.

    En 534, Bélisaire, envoyé par l’empereur Justinien, chasse les Vandales de Libye, coupables de propager l’hérésie arienne. De tous temps, les adeptes d’un parti ont montré davantage de hargne vis-à-vis des déviants que des ennemis.
    Pour deux siècles au moins, la culture byzantine s'installe sur les rives méditerranéennes qui nous retiennent ici.
    L’Empire byzantin, ou plus justement l’Empire romain d’Orient formé au IVe siècle à la mort de Théodose, et définitivement abattu en 1453 par la prise de Constantinople, assura pendant près de douze siècles la continuité de l’héritage égypto-gréco-romain, lui-même fortement imprégné d'influences venues d'Iran.
    L’avènement de Justinien, qui régna à partir de 525, marquera un grand tournant idéologique et s’imposera sur les terres du pourtour méditerranéen par ses conquêtes militaires.
    L’époque byzantine influencera fortement les arts et les mentalités. Elle marquera particulièrement la technique et les motifs décoratifs des lieux de culte.
Grenades_2    A droite, des grenades mûres sur un marché de Téhéran. Dans la religion Mazdéenne, le grenadier "urvarâm" joue un rôle important dans le rituel. (Photo Lamblard)

 OISEAUX DE PARADIS
    Les mosaïques de cette époque offrent, entre autres singularités, la particularité de contenir de nombreuses reproductions de pintades parmi les symboles du christianisme au milieu des animaux annonçant l’arrivée des temps paradisiaques.
    Les mosaïques pavimentales sont de véritables tapis de prière, ornés des « respectés symboles du Christ », que l’on trouve préservés au sol des édifices.

    ÉGLISE DE L’ÉVÊQUE MAKARIOS
    Datée de 539, la grande mosaïque qui composait le pavage de l’église de l’évêque Makarios à Qasr el-Libia subsiste seule parmi les ruines.
    La prospérité cyrénéenne, due à la richesse agricole du pays en céréales et arboriculture, avait encouragé les Libyens à parer leurs lieux de cultes d’une luxueuse décoration.
    Le pavement se composait d’une grande mosaïque comportant cinquante carrés figurés, représentant des animaux ou des personnages tirés de la mythologie, ou des scènes d’inspiration nilotique ou sassanides.
    C’est ainsi qu’on y reconnaît des autruches, un paon, Orphée, etc. Et une rare représentation du Phare d’Alexandrie.
    On y voit également cette extraordinaire composition montrant un canthare d’où s’élèvent des branches de grenadier chargées de fruits, entouré de deux pintades exactement figurées (n° 34).

Madabaa_1(À droite, pavement du baptistère, église de la Vierge à Madaba, Jordanie, fin du VIe siècle. Poissons et pintades symboles du Christ.)

    LES PINTADES DIONYSIAQUES
    Iconographie empruntée au répertoire dionysiaque par excellence, la coupe sainte d’où surgit l’Arbre de vie, se rencontre d’abondance. Souvent, on y montre la vigne chargée de grappes mûres. Sur la mosaïque de Qars el Libia, l’artisan a choisi la grenade comme fruit d’éternité, retrouvant ainsi la tradition persane.
    (Ci-dessous, grenadier en fleur et premiers fruits sur l'arbre. Ph. Lamblard)
    Le motif de la branche de grenadier portants ses fruits, associé à deux oiseaux de part et d'autre de la tige, est connu en Orient, notamment dans l'art sassanide d'Iran. Un sceau de jaspe conservé à la BNF (inv. M. 2805), des étoffes, reproduisent également ces symboles du monde iranien.

Photo18_18_1    Mais ce sont les deux pintades qui nous retiennent au premier chef.
    Je peux en définir l’espèce : il s’agit de Numida meleagris à barbillons rouges. Ces pintades indigènes d’Afrique du Nord sont connues dans l’Antiquité latine sous l’appellation de « poules de Numidie ».
    Parfaitement stylisées, ces deux pintades offrent cependant une étrange particularité : elles ont deux cornes sur le crâne…
    Ces deux cornes énigmatiques se rencontrent uniquement dans l’art byzantin (ainsi que dans l'art des Sassanides qui s'en est inspiré),  lequel fait une large place à nos pintades, comme nous l'avons souligné en son temps.
    Avec l’aide de l’égyptologue Jean Yoyotte, ces deux cornes énigmatiques m'avaient conduit à mener une étude particulière (L’Oiseau nègre, pages 152 et s.) au terme de laquelle nous avions pu démontrer que leur signification symbolique  était liée à l’héritage pharaonique ainsi qu’aux représentations du signe hiéroglyphique de « l’Oiseau-nèh » ; cette quête des cornes nous conduisait également aux représentations mythiques de l’Inde (Poule d'Inde est le nom de la pintade au Moyen Age européen).
    Compte tenu de la lenteur avec laquelle l'avancée des recherches trouve place dans les publications grand public, nous avons pris le parti de publier dans notre site, en temps réel, les derniers développements sur les sujets que nous traitons.

Nh    En conclusion, et forts de ce nouveau document libyen, remarquons ici une dernière fois que la quasi-totalité des représentations de pintades sur les mosaïques byzantines porte ce signe diacritique des doubles cornes, dont l'origine remonte à l'écriture de l'antiquité égyptienne.

Dessin de "l'Oiseau-nèh" tel qu'il fut reconnu par H. Chevrier à Karnak, et publié pour la première fois par Ludwig Keimer en février 1938. Cet article de L. Keimer imprimé dans le Bulletin des Annales, ASAE, est toujours le texte de référence, il n'a pas été égalé. Nous avons publié une photo récente du hiéroglyphe qui a servi de modèle pour l'identification de l'oiseau-nèh (dans "L'Oiseau nègre", page 163). Le texte dit :"Je te donne l'Eternité qui dépend de moi..."

  * L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, par Jean-Marie Lamblard, Éditions Imago, Paris, 2005.
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04 janvier 2008

DALOU, UN SCULPTEUR ET LA RÉPUBLIQUE.

    Dalou, des sculptures aux jardins.

   
Gisant1    Aimé-Jules Dalou est l’auteur du gigantesque bronze du Triomphe de la République, place de la Nation, le plus lourd jamais fondu au 19e siècle, et de quelques statues cachées dans les jardins, les cimetières ou les musées.
    Le Père Lachaise abrite trois chefs-d’œuvre du sculpteur ; œuvres d’art incontestables et compositions funéraires inspirées où l’artiste affirme sa maîtrise de l’allégorie à la gloire de la démocratie réinventée par les hommes de la Grande révolution.
    Toutefois, à chaque grande manifestation publique, lorsque les citoyens défilent de la République à la Nation, ce sont ses oeuvres qui jalonnent le parcours des manifestants...
    D’être ainsi exposées dans l’espace public oblitèrerait-il le regard porté sur les oeuvres ? Peu de passants connaissent Dalou.

Gisant d'Auguste Blanqui, sculpté par Dalou, cimetière du Père Lachaise. Paris. 1885.(Photo Lamblard)
    Si l’on en juge d’après les maigres lignes consacrées aux réalisations de ce romantique artiste par les critiques d’art, Aimé-Jules Dalou souffre encore et toujours, un siècle et demi plus tard, de son combat politique après le coup d’État de Napoléon III, et surtout de son engagement auprès des ouvriers de la Commune, dans leurs velléités d’affirmation sur la scène politique, en ce 19e siècle de bourgeoisie conquérante.(Voir sur ce même site "Biographie de Dalou")

    La sculpture aujourd’hui est en général mal aimée. Cela tient en partie à l’épidémie de statuomanie qui s’empara des édiles au milieu du 19e siècle. Pas une place, pas un jardin qui ne reçut son effigie ou son buste riche simplement d’enseignement et de pédagogie. Le public se lassa, et l’ordre de récupération des métaux non ferreux imposé en 1942 par les nazis au régime de Vichy fut accueilli sans résistance.

    DALOU LE COMMUNARD
    Né le 31 décembre 1838 à Paris, fils d’ouvrier gantier, Aimé-Jules Dalou montra très jeune des dons pour le modelage, ce qui lui valut l’attention de Jean-Baptise Carpeaux. Puis, à quinze ans, il fut admis à l’Ecole des beaux-arts où il se lia d’amitié avec Rodin.
    La première reconnaissance publique de Dalou survint en 1870, lors du Salon lorsqu'il obtint avec « La brodeuse » une commande de l’État.

Gisant2    Quelques années auparavant, en 1866, Dalou avait réalisé un bronze funéraire pour orner la tombe d’un illustre interprète du rôle d’Hamlet. L’œuvre ne mériterait pas d’être remarquée si elle ne s’inscrivait dans ces ultimes années de romantisme révolutionnaire opérationnel, tout en offrant un lien avec notre démarche procédant du théâtre et des pompes funèbres, « Mourir, dormir. Dormir, rêver peut-être… ».
Le "Triomphe de la république" de Dalou. La figure de la Liberté domine le groupe érigé place de la Nation, à Paris. 1889-1899. (photo Lamblard)
    La guerre franco-allemande de 1870 et Sedan mirent fin à la jeune carrière de l’artiste. Très attaché à la République, il s’engagea aussitôt pour défendre sa patrie et partit pour le front.
    Au temps de la Commune, Dalou fut appelé par Gustave Courbet comme curateur au Louvres pour la protection des collections, ce qui lui valut d’être condamné par les Versaillais aux travaux forcés à perpétuité, en novembre 1871. Il trouva refuge à Montrouge chez le sculpteur Alexis André.
    Dalou choisit l’exil à Londres avec sa famille, où il amorça une seconde carrière artistique. Il y resta huit années.
    Suite...

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03 janvier 2008

HIEROGLYPHE OISEAU-NEH: LA PINTADE

LE HIÉROGLYPHE "OISEAU-NÈH" EST UNE PINTADE

    I - L'idéogramme à l’origine du mot    
   
    Les pintades sont d'origine africaine. Elles diffèrent d'Est en Ouest et ces différences se remarquent essentiellement aux couleurs des ornements de la tête, et à quelques modifications du plumage. Cet oiseau très commun, et bien utile à l'alimentation des hommes, le fut aussi en Egypte ancienne pour signifier quelques idées abstraites et fixer le langage.
    Lorsque l’écriture hiéroglyphique égyptienne nous apparaît, elle est déjà entièrement constituée. Il serait hasardeux de conjecturer son élaboration primitive. Néanmoins, nous pourrions trouver logique que l’image simplifiée d’un objet ou d’un animal eût fourni les premiers éléments qui vont conduire aux premières écritures.
    Ce seraient les « idéogrammes » qui auraient présidé à la représentation de la parole par signes gravés. Aujourd’hui encore, lorsque nous voyons au bord de la route où nous roulons un panneau qui reproduit la silhouette d’une vache, nous comprenons qu’il y a des ruminants dans la contrée et que les autorités dans leur grande sagesse nous avertissent que ces bovins peuvent traverser la chaussée.     Les idéogrammes ont conservé leur utilité.   Nh_2

   ...Le signe tracé par la main de l’homme, source d’énergie positive et de transcendance… 
   Si à l’origine, les premiers signes écrits étaient des idéogrammes, pouvaient-ils noter, en outre, l’équivalent de l’onomatopée pour désigner l'animal ? « Meuh ! » beugle l’enfant dans l’auto en désignant le panneau.
    Mais les civilisations à leur émergence ne sont point enfantines !…
(À droite, dessin de Henri Chevrier, le premier "nèh" jamais publié (ASAE 1931).  Ci-dessous à gauche, pintade Vulturine de l'est africain. Cette espèce vivait le long du Nil au début de la civilisation pharaonique. A-t-elle servi de modèle aux scribes ? Photo Lamblard. cliquer pour agrandir les images.)   

Vulturineb    Les premiers hiéroglyphes égyptiens, dans une écriture organisée, apparaissent à l’aube des premières dynasties, vers 3300 avant notre ère. À cette haute époque, se trouvent déjà réunis les éléments de la civilisation pharaonique et l’on devine des correspondances avec le Proche-Orient et la Mésopotamie, où un second foyer culturel développe son propre système d’écriture. Pepy1_2

    Nous allons tenter d’approcher la complexité de la pensée égyptienne à partir d’un exemple simple qui nous conduira d’un volatile familier aux paysans africains, jusqu’au principe d’éternité et de vie  perpétuelle.
    (À droite, fragment des Textes des Pyramides, antichambre de la pyramide de Pépy 1er, VIe dynastie. "Les ailes de Pépy sont celles de l'Oiseau-nèh..."   

    Identification du hiéroglyphe « nèh » (G.21) 
    Les ouvrages traitant des hiéroglyphes étant innombrables, nous nous attarderons ici sur un signe rare, celui de l’« oiseau-nèh », classé G.21, dans la nomenclature de Gardiner (1).
    Il se présente sous la silhouette stylisée d’un oiseau banal, de profil, stable, au repos, d’une forme indistincte noyée dans la foule des oiseaux du type « rapace ».
    Heureusement les peintres et lapicides égyptiens ont ajouté parfois à leurs figures des appendices ou des signes diacritiques qui aident à les distinguer les uns des autres, ainsi que des déterminatifs. 
    L’Oiseau-nèh, nous le savons depuis les travaux indépassés de Ludwig Keimer en 1938, est la pintade nubienne (2) Nous éviterons ici de nous perdre dans le débat sur les espèces de pintades pour nous en tenir au hiéroglyphe "Oiseau-nèh". Les nombreuses photos reproduites dans l'article, dont certaines sont inédites, le décrivent mieux qu’un long discours. Les égyptologues sont convenus de nommer ainsi ce hiéroglyphe « nèh » et de le vocaliser « nèè ».
    Ce n’est pas seulement un idéogramme pour désigner l’oiseau pintade, il est aussi utilisé dans l’écriture de notions complexes où il devient un phonogramme « bilitère » (valant pour deux consonnes) avec valeur « nèhèh ». Par exemple, il sert à écrire le mot « Éternité ».

    Les Nèhèsiou sont les Nubiens du Nil
    On ne trouvera pas ici l’inventaire exhaustif des occurrences où intervient ce hiéroglyphe (détaillé dans L’Oiseau nègre, pages 152 et s.) mais on insistera  tout d’abord sur le nom antique des Nubiens, habitants de la vallée de Haute-Egypte, qui s’écrivait avec le dessin d’une pintade de Nubie.
    Dans les textes égyptiens, les Nèhèsiou (singulier Nèhèsi) ce sont les populations de Nubie, aujourd’hui au Soudan. Ethnique ou sobriquet, Nèhèsiou est probablement l’appellation indigène des Nubiens car ce nom est sans étymologie égyptienne connue. 
    À gauche, temple de Kom Ombo, Haute Egypte, les "Nèhèsiou", peuple des Nubiens de la vallée du Nil, enchaînés parmi les ennemis de l'Egypte. Epoque ptolémaïque. (Photos Lamblard)

Nubiensnh    Un peuple qui se serait désigné par le nom d’un animal respecté ne doit pas surprendre. Les Français ne se voient-ils pas souvent figurés en coqs ?
    Revenons à l’idéogramme simple qui désigne l’oiseau pintade « nèh ». Si l’on se souvient que l’écriture égyptienne ne note pas les voyelles, on comprend que la vocalisation moderne n’est qu’une convention récente. Champollion, en visitant les tombes de Haute-Egypte en 1829, lisait « nâh » ! « Les Nègres sont désignés sous le nom général de « Nâhâsi », écrivait-il à son frère. Il n’était pas plus dans l’erreur que nous le sommes puisque personne ne peut savoir comment les Egyptiens anciens vocalisaient leurs idiomes.
    Ainsi, dans la langue afro-asiatique que parlaient les Egyptiens, cet oiseau pintade pouvait fort bien être désigné selon une onomatopée reproduisant le cri familier de ces pintades (qu’utilisent toujours ces chers volatiles si conservateurs).     Cri d’oiseau entendu directement ou emprunté à leurs voisins du sud, et qui peut se transcrire en langage humain par « nâh », "nâh nâh nâh" , ou "nat nat nat", etc. Je rappelle que le nom des pintades chez les peuples africains Noirs est souvent construit à partir du cri. En Wolof pour désigner la pintade de brousse, on entend « nat nat nat », ou encore "nâhat…"(3) Pintade_grise_2

    La complainte du paysan
    Dans certaines sociétés traditionnelles d’Afrique, les rituels d’initiation utilisaient le symbole de la pintade pour exalter l’activité agricole de l’homme, étroitement dépendante du cosmos, du soleil et de la terre, des étoiles et des saisons (4). La pintade, levée avant l’aube, cherchant sa pitance en grattant le sol, et ponctuant son parcours de jacassements lancinants, représentait le paysan dans son labeur ingrat. À droite, palette prédynastique à fard. Schiste. Coll. Ortiz. Vers 3500/3300, époque de Nagada II. Exposition de Londres 1994. Au-dessus, pintade grise africaine, (photo Lamblard)   Palette_1
    Nous connaissons un texte du Nouvel Empire égyptien (de 1500 à 1100 avant notre ère) appelé la Satire des Métiers, pour « l’enseignement de Khéty », qui contient une raillerie du fellah au travail. Le scribe décrit à ses élèves le sort qui attend les cancres qui vont devoir quitter l’école pour retourner à la corvée des champs :
    « Les passereaux apportent la misère au cultivateur. Le grain sur l’aire est volé. Alors le percepteur débarque pour collecter l’impôt… Le fellah est battu… Le paysan pleure et grince plus que la pintade. Sa plainte est plus triste que le roucoulement du ramier… »(5)
    Ce texte satirique, qui utilise l’image de l’oiseau-nèh pour signifier le sort du fellah du Nouvel Empire, est toujours valable trois millénaires plus tard.

    La pintade dans les Textes des Pyramides
    Le signe oiseau-nèh apparaît, pour sa plus ancienne attestation connue, gravé et peint sur les murs de la salle du sarcophage du pharaon Ounas, fin de la Ve dynastie (2350/2321), à Saqqarah, dans ce qu’il est convenu de nommer les « Textes des Pyramides » (Auparavant, il s'agissait de silhouettes gravées sur des palettes prédynastiques, hors écriture organisée).
(À gauche, gravures dans la pyramide de Téty, VIe dynastie, 2290 avant notre ère. Hièroglyphe Oiseau-nèh. Photo Lamblard)

Tty_1    En haut de la ligne 161 b-c. du panneau 43, on peut déchiffrer le nom d’une divinité mystérieuse, Nèheb-kaou (6). Le signe-oiseau qui le constitue est l’image stylisée, sans fioriture, d’une pintade. On pourrait peut-être y distinguer la silhouette d’une pintade Vulturine de l’Est africain. Ce dieu Nèheb-kaou serait le « Maître de la Destinée », son ambiguïté le relie au monde des serpents. 
    Dans une autre colonne du texte, c’est le dieu Pintade-Nèh qui est nommé en regard du principe d’Éternité solaire, toujours écrit avec le même hiéroglyphe, « Ounas connaît son nom : Nèh est son nom, le Maître de l’année… » (7)
    Ce dieu Nèh, éternel invocateur du soleil levant, est clairement désigné par la figure de l’oiseau pintade. Hypostase du Créateur, ce dieu Pintade fait revivre chaque jour le soleil par ses cris éveilleurs d’aurore.
    Parmi les Textes des Pyramides colligés dans la tombe d’Ounas, c’est une dizaine de hiéroglyphes oiseau-nèh que l’on relève. Ils interviennent pour signifier l’Éternité souhaitée au pharaon, ou désignent la prière elle-même.
    Il faut souligner ici que ces dessins de pintades, dans l’écriture sacrée d’époque très ancienne, ne portent pas de signes surajoutés, ni doubles cornes, ni houppe ou goutte pectorale, ni protubérance intempestive que nous allons rencontrer plus tard.
    Pour autant que l’on puisse en juger, au troisième millénaire avant notre ère, les scribes connaissaient leur modèle et figuraient la pintade sans complexification ni signe diacritique.
    Dans la pyramide de Téti à Saqqarah, datant de la VIe dynastie, vers 2290, l’oiseau-nèh que l’on voit dans les colonnes des litanies sacrées est assez comparable au prototype relevé dans la pyramide d’Ounas.Vulturinea
    Sous le règne de Pépy 1er, les Textes des Pyramides sont encore gravés, et peints en vert (VIe dynastie, vers 2247), mais on voit apparaître dans les exemplaires de l’oiseau-nèh une « goutte pectorale » que l’oiseau pintade ne porte jamais au naturel.    À droite une pintade Vulturine (Acryllium vulturinum) (Photo Lamblard)

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À gauche tête de pintade mâle grise commune. (Photo Lamblard)

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(Ci-contre à droite, pintade de l'est africain à barbillons bleus et pinceau de poils sur le bec (Numida ptilorhyncha); planche d'Elliot, 1872. Coll. MNHN. Paris.)

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SITES COMPLICES

  • Actionreporter.com
    De magnifiques images sous mille soleils : trek dans le désert, montagnes du Pérou, alpes enneigées...
  • Les Editions Imago
    Les Editions Imago proposent des éssais, romans, témoignages, faits de société, enquête...
  • Polyphonies des Alpes de Méditerranée
    Le Corou de Berra, dirigé par Michel Bianco, est le courant le plus authentique et novateur du chant polyphonique des Alpes Méridionales.
  • Despatin, Gobeli, photographes
    François Despatin, Christian Gobeli, deux photographes, artistes du portrait et témoins de leur temps.
  • Ernest Pignon-Ernest
    Le site officiel de l'artiste plasticien, ami et complice en méléagriculture...
  • Le Monde Diplomatique
    La pintade, oiseau-nègre, vue par le Monde Diplomatique
  • Théâtre du Fust
    Créé et animé par Émilie Valantin, le Fust est depuis vingt ans la meilleure troupe de marionnettes tous publics de France.
  • Ligue des Droits de l'Homme, LDH.
    Le site de la LDH de Toulon, animé par FRANCOIS, est prioritairement le reflet des activités de la section régionale. Répodant aux enjeux locaux, il propose des éléments de réflexion sur le passé récent et le présent des relations franco- méditerranéennes. C'est un centre de ressources pour ceux qui s'interrogent sur les relations de l'homme et de la société.
  • René Merle et la culture d'Oc.
    Chroniqueur et romancier, agrégé d'histoire, René Merle présente un regard sur trente ans d'activités dans les domaines de la fiction , poésie, théâtre, ainsi que la recherche socio linguistique au bénéfice de la culture d'Oc. Son site est un jardin d'Épicure.
  • Les Éditions Comp'Act
    Poèsie, théâtre, essais, roman, et deux revues : "La Main de singe", et "La Polygraphe". Henri PONCET a créé sa maison dans les années 80 et l'a installée à Chambéry. Comp'Act est tout simplement un éditeur français de création littéraire qui honore sa profession.
  • EUROPE, revue littéraire mensuelle.
    Fondée en 1923 sous l'égide de Romain Rolland, EUROPE est aujourd'hui encore l'une des principales publications littéraires de langue française. Ses dossiers consacrés à un auteur ou un courant esthétique font autorité. C'est une revue que l'on garde dans sa bibliothèque et que l'on consulte; le rendez-vous des amoureux des lettres et de la littérature.
  • Lettres d'Archipel
    "Lettres d'Archipel", chaque mois, une chronique sous forme de lettre est adressée gratuitement aux correspondants qui laissent leur adresse électronique en cliquant sur le lien : jm@lamblard.com

ARCHIPEL DES MOTS


  • Le mot archipel a une histoire, mieux qu'une étymologie. L'italien "arcipelago" conserve l'origine grecque venue de la mer Égée. D'abord "mer parsemée d'îles", l'archipel est aujourd'hui un groupe d'îlots. C'est à l'archipel qui se trouve au large de sa baie, que la ville d'Alger doit son nom, Al-Djaza'ir, venu de l'arabe. Auparavant, le site se nommait "Ikosim" en punique, "Ile aux Mouettes... Les latin écriront "Icosium".

  • Barberousse, le corsaire turc qui fonda la citadelle d'Alger vers 1517, annexa également la poignée d'îlots située au large.

  • Ibn Khaldoun écrit, à la fin du XIVe siècle, dans le tome second de l'"Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", qu'un Fatimide autorisa la fondation de trois villes, dont une "sur le bord de la mer appelée Djézaïr-Béni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna). Maintenant Alger..." Les Béni-Mezghanna sont des Kabyles. De la ville, le nom passa au pays dont Alger devint la capitale en 1839.

  • Le terme français archipel a reçu par métaphore la valeur d'ensemble... Les mots comme les hommes ont des ailes, ils voyagent.... Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour...

  • Des idées et des mots en Archipel. Sur la mer des Deux Rives, et ses horizons qui furent de tout temps au coeur de l'imaginaire, voguant sous le pavillon des Lumières, Archipel se déroule à l'image d'un portulan virtuel. Il s'élabore d'une escale à l'autre, en usant des chemins de traverse et du réseau de voies qu'empruntent les migrations d'hommes, d'oiseaux, et de mots. Le domaine est l'espace méditerranéen jusqu'aux terres du pourtour.

  • Pour ce puzzle, les avatars de l'imaginaire sont à réinventer toujours, comme s'y emploient les oeuvriers de l'Art Brut et les Vagabonds des Lettres. Archipel ! De Venise à Alexandrie, d'Occitanie en Egypte, des Iles d'Or à Chypre, de Kateb Yacine à Frédéric Mistral, d'Artémis à Marianne, des Vautours aux Pintades, du Sanglier à l'Ours, les signes se répondent et s'échangent.