Des pintades dans la Mythologie grecque
Dernières trouvailles :
Oui, ce site est aussi celui de la Pintade, c'est une obsession, une hantise... Nous lui avions donné asile, il y a longtemps, au siècle dernier – du temps de Théodore Monod au moins – depuis, elle ne nous quitte plus. Ce qui nous permet de pouvoir offrir aux visiteurs une base d’information unique sur cet oiseau.
Merci mon Dieu : car, ainsi que l’aurait affirmé Alexandros de Mynde, il existe au monde deux catégories de citoyens, ceux qui connaissent quelque chose de la pintade, et ceux qui l’ignorent…
Appréhender l’homme non par la "bête" mais par l’animal de préférence ; les oiseaux en tête, oiseaux qui incarnent votre aspiration à vous élever vers les étoiles ; voilà qui augurerait bien des temps à venir. Et que l'on ne vienne pas me parler cuisine ou gastronomie, la Pintade évolue bien au-dessus des rapports ancillaires...
(Voir notre article "Pintade oiseau africain") , Et aussi : Outrelande
LA MÉTAMORPHOSE DES MÉLÉAGRIDES
Notre dernière trouvaille est celle d’un rare skyphos du Ve siècle avant notre ère, à figures noires, jamais encore publié, portant sur sa panse quatre pintades : les Méléagrides.
Pour les Grecs anciens, la pintade était le résultat de la métamorphose des sœurs de Méléagre en oiseaux. Ainsi, en grec, « pintade » se disait méléagride.
Skyphos à figures noires, Ve siècle avant notre ère. Trouvé en Sicile. Musée de Palerme. (Photo Lamblard). La découverte de ce vase vient augmenter la série des skyphos décorés de pintades.
La métamorphose des Méléagrides en oiselles clôt le grand récit mythologique de la chasse au sanglier de Calydon. Elle constitue l’épilogue du drame qui expose la mort du jeune prince Méléagre et parachève le destin des sœurs inconsolables, attendu que le lien affectif dominant dans ce récit, son désir essentiel, réside dans l’amour « adelphique » qui attache ces filles à leur frère aîné Méléagre ; le prince Méléagre étant un héros homérique des plus prestigieux.
Attachement aux frères qui explique également le geste de la mère infanticide, la reine Althaia, jetant au feu le tison portant la vie de son fils Méléagre coupable du meurtre de ses oncles maternels.
L’AMOUR ADELPHIQUE INCESTUEUX
On ne reprendra pas le récit complet de la chasse au Sanglier de Calydon. (il est parfaitement raconté, pages 91 à 100, dans L’Oiseau nègre ; l’Aventure des pintades dionysiaques. Imago. 2005)
Toutefois, on pourra trouver, résumée ci-dessous, l’histoire des sœurs affligées.
Cet amour adelphique (qu’aujourd’hui on qualifierait d’incestueux), apparaît dans les civilisations anciennes comme un thème récurrent intégré au pouvoir royal ; les mythes méditerranéens lui font une large place. Nul n’ignore que les pharaons épousaient leur sœur, et Caligula s’empressa de copier les fils de Rê en convolant avec sa sœur Drusilla.
Autour de Méléagre mourant, ses soeurs se lamentent. Détail d'un sarcophage d'époque romaine. Un relief de même thème "christique" se trouve exposé au Louvre.
La grande déesse Isis rechercha aux bords du Nil les restes de son frère-époux Osiris ;
l’Olympe célébra les noces de Zeus et d’Héra, couple incestueux ;
Les sept Héliades demeurèrent inconsolables de la mort de Phaéton fils du Soleil, leur frère foudroyé, ce qui valut aux filles d’être métamorphosées en peuplier, les Héliades, etc.
En outre, la divinité qui intervient tout au long de la chasse au sanglier de Calydon, et provoque le drame expiatoire est Artémis, sœur jumelle d’Apollon, elle aussi profondément attachée à son divin frère.
LA BÊTE QUI TUE
Entre le fauves homicides, le sanglier est un tueur d’éphèbes. Un massacreur de héros et de rois, un éventreur. L’incursion d’un sanglier (d’un lion, d’un ours) dans un récit représente l’épreuve imposée au jeune homme à la fin de son initiation lorsqu’il aspire au rang supérieur de sa communauté.
Dans la chasse de Calydon, c’est le Solitaire, le vieux mâle castrateur, venu de la forêt sauvage pour détruire la terre cultivée, qui surgit et agresse.
C’est au haut des cuisses et au bas-ventre que frappent les sangliers lorsqu’ils s’attaquent aux braves, puisque c’est dans l’os fémoral que s’élabore la puissance génésique des guerriers, au creux de la crurale interne, et c’est là que la bête tue.
Sarcophage montrant la chasse au sanglier de Calydon. Eleusis, Grèce, 2e siècle de notre ère. (Photos Lamblard)
Adonis le Dédaigneux en mourût. Le Petit Ancée d’Arcadie fut émasculé. Ulysse garda une profonde cicatrice à la cuisse, et cette marque permit à sa nourrice de l’identifier lors de son retour à Ithaque.
Mais le plus célèbre parmi les sangliers mythologiques est celui de Calydon.
A Calydon, enfin, la légende atteint au mythe dans son dénouement, et se conclue par une métamorphose au cours de laquelle la nature domptée s’enrichit sous nos yeux d’une espèce animale nouvelle : la Pintade !
UN UNIVERS EN COURS D’ACHÈVEMENT
Le propre des mythologies est de nous montrer l’univers en cours d’achèvement. Le mythe, dédaignant le recours à un créateur omnipotent, nous montre la nature à l’œuvre dans la différenciation des espèces sous l’influence des dieux premiers.
Nous, au XXIe siècle, misérables rejetons d’une civilisation de l’achevé, qui n’avons d’autres perspectives que d’organiser l’inventaire des espèces en voies de disparition, devrions prendre le temps d’écouter l’un des derniers échos de l’origine des êtres : le bruissement des commencements dans l’acharnement du destin.
Dans notre monde riche où les conditions faites à l’individu conduisent souvent à la régression de l'âme, selon une métamorphose inversée : du papillon à la chrysalide, du papillon de l’enfance jusqu’à la chenille et à la larve trentenaire, le récit des origines enseigné par les mythologies, chevauchant les morales ancillaires, nous ouvre encore les portes d’un monde dionysiaque.
Sarcophage au Musée archéologique d'Athènes. Énésime a les jarrets tranchés par le fauve. (Photo Lamblard)
(La suite ci-dessous...)
LA PINTADE, DERNIÈRES DÉCOUVERTES (suite)
LES PINTADES GRECQUES
Les représentations de la chasse au sanglier de Calydon sont nombreuses, particulièrement sur les sarcophages.
Sarcophage du Musée d'Autun, le sanglier de Calydon charge un des chasseurs et le tue. (Photo Lamblard)
La métamorphose proprement dite des sœurs de Méléagre en pintades n’avait jamais été représentée, jusqu’à ce que Ernest Pignon-Ernest aborde ce sujet pour préfacer « L’Oiseau nègre » (page 97).
Les représentations grecques de pintades sont rares, nous ne connaissions qu’un skyphos portant des représentations de Méléagrides/pintades ; il est conservé à New York. Notre dernière trouvaille provient de Sicile, il s’agit d’un vase identique à celui du Métropolitan Museum (dont la photo est reproduite page 104), il daterait de 480 avant notre ère.
Actuellement exposé au Musée de Palerme, provenant d’une collection privée, son origine serait insulaire. Il est décoré de quatre pintades au corps globuleux, noir pointillé de blanc. La stylisation des oiseaux poussée jusqu’à la caricature rappelle le skyphos perdu de Munich, et affermit notre thèse sur l’ancienneté du mythe des Méléagrides ; et suggère l'origine autochtone des pintades dans la faune sauvage grecque.
Michel Bats nous signale (novembre 2005) qu'un vase identique aux précédents est conservé à Tarquinia. 
L’OISEAU NÈGRE,
NOTRE "POULE D’INGRES"
Depuis nos premiers articles parus dans des revues spécialisées, et la publication de L’Oiseau nègre en volume, de nombreux correspondants nous ont apporté des informations inédites et des documents nouveaux.
Skyphos à figures noires, 480 avant notre ère.
Trouvé en Sicile. Musée de Palerme. (Photo Lamblard) Quatre
"Méléagrides" noires pointillées de blanc après la métamorphose.
Ainsi de Raymond Pujol, Baudoin Van Den Abeele, Francis geus, Jean Jouanaud, Sydney H. Aufrère, Jean Yoyotte, Michel Bats, Claude Sintes… L’ouvrage s’enrichit de cet apport précieux à chaque réédition. En attendant la prochaine mouture, c’est ici, sur le site « Lettres d'Archipel » que les trouvailles sont publiées en avant-première.
Voir également notre article "Pintade, oiseau africain"; ainsi que le dossier dans "Lettres d'Archipel" : Enigme de la Pintade iranienne.)
À gauche, ci-dessus, le skyphos conservé à New York, Ve siècle avant notre ère. En bas à droite, ce qui reste du skyphos conservé à Munich : un dessin d'une des pintades qui ornaient la panse représentant les Méléagrides (Ve siècle avant.).
Michel Bats nous signale un skyphos identique conservé au musée de Tarquinia.
JML.
(Dernières notes : " Pintade, oiseau de Paradis" .
"Enigme de la Pintade iranienne"
Photo d'un plat d'argent iranien d'époque sassanide ; cliquer.