03 avril 2007

LE PHARE D'ALEXANDRIE

   DU MYTHE AU MINARET,

    En résumé :
    Les cités riveraines de la Méditerranée n’attendirent pas les Ptolémées pour bâtir des tours à feu et des vigies sur leurs côtes en accompagnement de leurs ardeurs maritimes. La dynastie alexandrine des Lagides manifestera son ambition en imposant la nouvelle capitale de l’Egypte, ouverte sur la mer, au centre du monde civilisé.
    Alexandrie, foyer des connaissances et des arts, patrie d’adoption des savants et des poètes, se devait d’attirer les regards en construisant un monument emblématique prodigieux. Ce sera, à l’entrée de son port, la tour à feu la plus haute, la plus belle jamais imaginée. L’érection d’un fanal pour guider les pilotes, mais aussi un signal indiquant aux nations le nouveau foyer des Lumières.
    Le mirador-vigie implanté sur l’île de Pharos, tel un Veilleur, s’inscrira dans la mémoire des hommes comme une merveille du monde voulue par les souverains hellénistiques.
    À l’émergence de la religion du Christ, de nouveaux symboles apparaissent au sein de la culture classique, dans les foyers  de civilisation où s’élabore l’humanisme chrétien, vers le IIIe siècle.
    Un poisson, une ancre, une nef parfois, suffiront aux adeptes pour signifier leur foi nouvelle. Un navire poussé par le vent, guidé sur la lumière d’une tour à feu sera également un sceau que choisira le fidèle du Christ. Le poisson du Zodiaque devient ainsi symbole mystique par l’acrostiche grec  «ichthus » désignant le Pêcheur d’hommes. Un phare représentera le port céleste auquel aspire l’âme humaine embarquée sur le navire de la vie.
    À l’arrivée de l’Islam, le Phare d’Alexandrie s’inscrira logiquement dans le patrimoine des Arabes. Un siècle après l’Hégire, des lieux de culte musulmans seront dotés d’un mirador d’où le muezzin lancera ses appels à la prière.
    Des « minarets » (selon la racine noûr, lumière), bâtis sur les plans du Phare, inviteront les Croyants à se tourner vers la révélation. Le Phare porte-feu devient alors  «manâra » (tour de lumière). 
    En Provence, sur le rivage près d’Hyères, la topographie se souvient d’un antique phare à l’endroit où la tradition situe une implantation andalouse : l’Almanarre. Et à Périgueux on raconte que le clocher de la cathédrale aurait été bâti au XIIe siècle selon le plan du Phare d’Alexandrie…
    Voici quelques pistes pour aborder le dossier du Phare sous une lumière renouvelée !

     (Ce texte a été publié dans la revue littéraire EUROPE, n° 936, avril 2007)

    (À droite, épitaphe de Firmia Victoria, avec un phare et un bateau, provenant du cimetière de la Vigne des Eustaches. Époque paléochrétienne. Musée lapidaire, Cité du Vatican. L'image d'un phare (imaginaire) est une allusion claire au salut éternel promis aux Chrétiens.)
Pharebat2_1
   
    Des Lumières et des Phares
     Les Lumières de l’Alexandrie ptolémaïque ont ébloui le monde. Sur place, il n’en reste quasiment rien ; quelques pierres au fond des eaux turbides du port, que l’on remonte sous l’œil des caméras pour appâter le touriste.
    La Bibliothèque et le Musée ont brûlé, les palais n’existent plus, le tombeau d’Alexandre reste introuvable. Heureusement, il y a la ville et ses habitants, qui ne se préoccupent qu'occasionnellement du passé.
    Quant au célèbre Phare, on ne sait pas grand-chose du monument, sinon qu’il a existé et qu’il fut ajouté aux Sept merveilles du monde. Ce serait Philon de Byzance (IIIe siècle avant notre ère) qui aurait dressé la première liste « De septem orbis miraculis », classement repris et vulgarisé durant l’Antiquité tardive en y rajoutant le Phare.
    Prodiges d’architecture, prestigieux symboles d’un pouvoir disparu, de ces sept monuments seules les Pyramides résistèrent au temps.
    En ce qui concerne «Pharos », ce nom propre attaché à un îlot égyptien devenu un nom courant, Pharus puis phare, attribué aux tours à feu utiles au guidage des marins, il pourrait symboliser le destin des mots lorsqu’ils accompagnent l’imagination des hommes sur le chemin des Lumières.
   

Alexandre3    La légende alexandrine.
    Le mythique Phare d’Alexandrie est également emblématique de la fascination qu’exerce encore sur l’imaginaire des riverains de la Méditerranée le nom du conquérant macédonien et de sa ville égyptienne.
    Pourtant, Alexandrie n’est qu’une fondation coloniale voulue par un despote flamboyant au destin inouï.
    Si l’on en croit les mémorialistes antiques, Alexandre fonda au cours de son entreprise fulgurante une soixantaine de villes et fortins auxquels il donna son nom ou celui de son cheval. Les historiens modernes parviennent à retrouver l’emplacement d’une douzaine de ces Alexandrie  ou Bucéphala remontant au Conquérant.
    Alexandre le Grand, musée de Pella, sculpture d'époque hellénistique. (Photo Lamblard)
    Le plus célèbre de ces établissements demeure Alexandrie à la commissure des bouches du Nil, en lisière d’Egypte comme on disait en ces temps-là.
    Prédateur modèle, archétype des conquérants à venir, stratège politique génial, Alexandre le Grand et son épopée impériale, s’achevant par la mort du héros en pleine jeunesse, occulte l’extraordinaire destin des Ptolémées, père et fils, véritables fondateurs d’Alexandrie et constructeurs du Phare.
    Nous savons qu’à la mort du roi macédonien, survenue à Babylone au début de l’été 323 avant notre ère, le général Ptolémée fils de Lagos et compagnon de jeunesse d’Alexandre s’appropria la satrapie d’Egypte au démembrement de l’Empire.

    Mais puisque légende alexandrine il y a, portons ses prémices à la lumière : la dynastie des rois de Macédoine se disait issue de la race d’Héraclès par les pères et d’Achille selon une filiation matrilinéaire. Ainsi, ces princes se voulaient descendants de Zeus, et bâtards de Dionysos pour faire bonne mesure, afin de contrebalancer le mépris des véritables Hellènes à leur égard.
    Alexandre fut élevé dans le culte d’Homère et des héros de la Mythologie. Il eut pour précepteur Aristote le « Prince des philosophes », l’Iliade était son livre de chevet.

Sioua1    Au temps de la naissance d’Alexandre, en 356, les Grecs n’ignoraient plus l’Egypte réelle. Des mercenaires cariens et ioniens servaient dans l’armée de Pharaon et les négociants étrangers disposaient d’un emporion à Naucratis sur la branche canopique du Nil ; ce comptoir de Naucratis fonctionnait depuis plus de deux cents ans. Déjà Hérodote, vers 445, avait pu mener une enquête approfondie le long des rives du Nil et dans les principaux centres religieux égyptiens.

    Ruines du sanctuaire d'Amon de Siouah où l'on venait de tout le bassin méditerranéen pour consulter l'oracle. (Photo Lamblard)
    À ses origines, l’Egypte pharaonique n’était pas tournée vers la Méditerranée. De tout temps, elle avait boudé la "Grande-Verte" pour s’ouvrir au sud d’où provenaient ses richesses et les eaux fertiles. Foncièrement africaine, l’Egypte connaissait mieux la mer Rouge et les rives arabiques, elle ouvrait ses ports à des navigations orientales et lançait ses explorateurs vers la terre des Nubiens.
    Au nord, ses côtes méditerranéennes et son delta n’abritaient que des postes de douane et des guettes. Depuis la dynastie des Saïtes, un débarcadère, situé précisément dans la rade où serait bientôt fondée Alexandrie, recevait les négociants des Cyclades et du Levant, attirés sur cette terre par les récoltes égyptiennes et les denrées exotiques arrivant d’Afrique Noire.
    Hérodote mentionne la Tour du Guet de Persée ; le cap d’Aboukir ou Rosette ?

    Un pilote grec nommé Pharos
    La Méditerranée depuis des temps immémoriaux était parcourue par des bateaux de négoce allant de cap en cap, et les cadets en surnombre des cités ioniennes prenaient le large pour immigrer vers les terres barbares. Avant d’être le berceau de la cartographie marine, la Méditerranée vit naître le périple et le portulan, ce dernier n’étant que l’aide-mémoire du pilote portant la liste des repères côtiers et des amers.

Sioua3    Nous évoquions le légendaire, n’en sortons point. Le pilote grec de Ménélas, qui ramena Hélène après la guerre de Troie, s’appelait Pharos. Il fut piqué par un serpent sur une île non loin de la côte septentrionale d’Egypte, laquelle île depuis ce drame porte le nom du pilote. L’Odyssée la mentionne : «IV-354. Il est en cette mer des houles, un îlot qu’on appelle Pharos, par-devant l’Egypte féconde… »
    Les ruines d'époque pharaonique surplombent l'oasis de Siouah. Le temple d'Amon où Alexandre est venu consulter l'Oracle sur sa naissance divine, avec au centre un minaret. (Photo Lamblard)

    Nonobstant, ce nom du soi-disant pilote de Sparte n’est pas de racine grecque mais égyptienne, et Pharos sera à l’origine de notre phare. Lesquels phares seront implantés sur les rivages pour venir en aide aux pilotes… Merveilleux destin des mots.

    Toujours selon d’autres sources grecques, la ville de Canope qui donne son nom à la branche occidentale du delta du Nil, devrait son appellation à un autre pilote, Canopos, qui aurait conduit Ménélas en Egypte et aurait séduit la fille de Protée seigneur de Pharos… Canopos ou Pharos, les conducteurs de navires sont les héros célébrés précisément au moment de l’expansion coloniale des cités grecques et les mythographes n’hésitent pas à naturaliser les noms indigènes pour les entraîner dans leur sphère grecque.

    Les Perses occupaient la riche Egypte
    Voici donc le jeune Alexandre sur les traces d’Achille se lançant à la conquête du monde habité. Il a 24 ans lorsqu’il met ses pieds légers en terre égyptienne, la tête pleine de récits fabuleux que sa mère et ses maîtres lui contaient.
    En 341, Artaxerxés III, roi de Perse et conquérant de Mésopotamie, s’était attaqué à l’Egypte en mettant fin au règne du dernier souverain de souche nilotique, Nectanebo II. Cette seconde occupation perse allait durer neuf années, jusqu’à la victoire d’Alexandre.
    Les troupes gréco-macédoniennes arrivent en Egypte à Péluse sur la côte est du delta, en octobre 332, sans grands combats. L’occupant perse n’était pas aimé, et la puissance du Grand roi Darius bien affaiblie.
    Trois ou quatre mois après son triomphe, Alexandre se rend sur la grève à hauteur de l’îlot de Pharos pour arpenter le mince bandeau littoral adossé au lac Maréotis. Gravissant ce « taenia » de sable et de roches arénacées formant un isthme aride, Alexandre et son entourage de généraux, de géographes, mathématiciens et architectes, choisissent l’emplacement de la future capitale de l’Egypte conquise, nouvelle possession macédonienne.
AlexandrecoranMiniature extraite de l'"Histoire des prophètes" montrant Alexandre le Grand dirigeant la construction du mur devant séparer les peuples de Gog et Magog selon le Coran (XVIe siècle), Istanbul.

  La forteresse du roi Alexandre
    Profondément religieux, sensible aux révélations surnaturelles, Alexandre n’entreprenait rien d’important sans écouter ses «voix». 
    Le choix de l’implantation résultait d’un rêve au cours duquel un vieillard lui avaient récité les vers d’Homère désignant Pharos.
    Face à la mer, ouverte sur les routes méditerranéennes (et non pas tournée vers l’Afrique), la nouvelle Alexandrie s’affirmait dès le tracé de son rempart le centre d’une thalassocratie émule des grandes métropoles, et de Rhodes en particulier.
    Laissant à peine aux vols des oiseaux le temps de dicter leurs augures touchant au devenir de la ville, Alexandre, accompagné d’une fraction de l’armée sous la conduite de Ptolémée, se met en marche vers l’Ouest à travers le désert libyen.
    C’est un pèlerinage que le jeune roi entreprend. Il se rend à l’oasis de Siouah proche de la Cyrénaïque où prophétise un oracle réputé dans tout le monde habité, l’oracle d’Amon.

Sioua4    Amon-Zeus de Siouah
    Amon est le roi des dieux, la plus grande divinité honorée en Egypte, les Grecs l’assimilent à leur Zeus. Il est le « Caché », dieu de l’air et de la fécondité. Son animal symbolique, le bélier, porte le soleil sur sa tête. La religion égyptienne représente parfois Amon sous les traits d’un homme à tête de bélier, et toujours avec deux grandes plumes dressées sur sa coiffure. Il règne à Thèbes et à Koush. Son épouse est Mout la déesse vautour.
    Le mythe de la théogamie royale selon lequel Amon féconde la reine et lui donne un fils spirituel est connu à Karnak. C’est une prophétie de cette nature qu’Alexandre vient recevoir de la bouche du grand prêtre dans le temple de l’oasis de Siouah. Et c’est ainsi qu’Amon-Zeus va lui parler : « Roi Alexandre tu es bien fils de Zeus !… »
Temple et sanctuaire d'Amon de Siouah où Alexandre le Grand   interrogea le Dieu sur son père divin, et sa légitimité à devenir pharaon d'Egypte. (Photo Lamblard)

    Nous sommes au cœur de la légende dorée alexandrine. Nous devons le récit de la révélation oraculaire à Ptolémée fils de Lagos, qui consignera ses mémoires. D’autres hagiographes, tel Aristobule, raconteront les péripéties du voyage à Siouah et les errances du héros à travers le désert guidé par deux serpents ou protégé par des corbeaux.

    Alexandre pharaon d’Egypte et de l’univers
    Le fils putatif de Zeus-Amon peut quitter l’oasis satisfait, désormais il se sent investi d’une mission pour régner sur la terre entière. Il se rend à Memphis afin d’y être intronisé pharaon d’Egypte, et repart aussitôt, à la fin de l’année 331, pour attaquer et vaincre Darius III à la bataille d’Arbèles en Assyrie.
    Le séjour d’Alexandre en Egypte aura duré moins d’une année. Il n’y retournera jamais. Le 10 juin 323, il meurt à Babylone. Lors du partage de l’Empire entre les Héritiers, Ptolémée fils de Lagos s’adjuge la satrapie d’Egypte.
    L’enfant de Philippe de Macédoine, et d’Olympias fervente de Dionysos, reconnu fils spirituel du dieu Zeus-Amon, va entrer dans la légende des siècles sur les trois continents.
Miniature_1
    Dès la mort d'Alexandre, sa vie est racontée par des poètes qui l'ornent d'épisodes merveilleux. L'Orient arabe s'en empare et produit le fabuleux "Livre d'Iskandar". Ferdousi dans le "Livre des Rois", épopée iranienne, vers 1005, adoptera le vainqueur des perses en le nommant Iskandar. L’Europe médiévale se délectera de ses prouesses et se laissera bercer au rythme des "alexandrins".
    Tandis que la Bible enregistre les exploits d’un conquérant prodigieux et cruel (Maccabées I, et Daniel XI-3).
A gauche, miniature persane du XVe siècle représentant Alexandre agenouillé devant la caverne du vieil ermite selon le "Roman d'Alexandre" de Nezâmi, poète soufi du XIIIe siècle, Afghanistan.

    Au Coran, Celui des deux cornes
    La gloire d’Alexandre, couronné dieu et pharaon d’Egypte, a ressurgi superbement dans la révélation dictée par Allah au prophète Mohammed. Dans la Sourate,  : « La Caverne des sept Dormants : On t’interrogera, Ô Muhammad, au sujet de Dhu-l qarnayn. Réponds : Je vous raconterai son histoire. Nous affermîmes sa puissance sur la terre, et nous lui donnâmes les moyens d’accomplir tout ce qu’il désirait, et il suivit une route. Il marcha jusqu’à ce qu’il fût arrivé au couchant du soleil… »(XVIII-82-84 ).
    Dhu-l Qarnayn se traduit par « le Possesseur des deux cornes », ou « le Père bicornu », c’est-à-dire Alexandre le Grand.

Alexandre1    Les deux cornes en question étant les cornes du bélier d’Amon, qui étaient devenues les attributs symboliques d’Alexandre, avec le scalp d’éléphant évoquant ses conquêtes indiennes. (Les Latins écrivaient Ammon, d’où ammonite pour les mollusques fossiles à coquille enroulée comme une corne d’ovin.)

Tétradracmes à l'effigie d'Alexandre, le "Maître des deux cornes" du Coran. Monnaies de Lysimaque, vers 290 avant n. ère.   
     En 640 après Jésus-Christ, lors de la conquête arabo-musulmane d’Egypte, le calife Omar envoya ses cavaliers reconquérir Alexandrie, fondée par le Grand Dhu-l qarnayn, et en chasser les Infidèles selon une logique qui n’apparaît peut-être pas au premier regard…

    La monarchie des Ptolémées
    Alexandre disparu, Ptolémée monte sur le trône d’Egypte sous le nom de Ptolémée Ier Sôter (Sauveur). Il fonde en 304 la dynastie Lagide qui perdurera jusqu’à la disparition tragique de son dernier représentant masculin, Ptolémée de Maurétanie, assassiné par ordre de Caligula à Lyon en 40 de notre ère.
    Ce sont les Lagides qui vont perpétuer la gloire d’Alexandre le Grand et asseoir sa légende où il est assimilé au dieu soleil Hélios. Et c’est à Alexandrie que s’élaboreront les poèmes dont la Perse et l’Occident feront leur miel, lesquels exploits inspireront les conquérants en herbe, Hannibal, Bonaparte et bien d’autres.
    Les monuments d’Alexandrie sortent de terre sous les directives de Ptolémée Ier. Fortifiée et dotée d’arsenaux, de ports bien protégés, la nouvelle ville se veut en marge de l’Egypte millénaire mais face au monde grec comme la capitale d’une monarchie militaire solidement retranchée dans sa rade.
    Sans le génie des deux premiers souverains, le père et son fils qui surent transcrire dans leur politique architecturale l’héritage platonicien et les leçons d’Aristote, jusqu’à faire de leur place forte une métropole au rayonnement universel, Alexandrie n’aurait été qu’une simple thalassocratie concurrente de Rhodes, et un comptoir enrichi. Elle devint un centre de culture universel et un foyer de civilisation.
    Ptolémée II Philadelphe (285-246) appellera auprès de lui soixante-douze exégètes de la Bible hébraïque, venus de Jérusalem, pour élaborer une version grecque de la Thora. Enfermés, dit-on, pendant 72 jours d’isolement dans l’île de Pharos, ces savants produiront chacun, miraculeusement identique, leur traduction des livres sacrés. Ce sera la première Bible grecque connue, la Septante.
   
L’île de Pharos se voulait Phare d’érudition avant la lettre.
BelierbarkalBélier du dieu solaire Amon du Barkal, au Soudan, devant la montagne sacrée. De Siouah aux temples du Djebel Barkal, le culte d'Amon, figuré sous l'image du bélier, a dominé la vallée du Nil. (Photo Lamblard)

    Alexandrie émule de Rhodes
    Grâce aux richesses des pays conquis, les premiers souverains Lagides vont bâtir une fabuleuse cité selon des plans dressés par Dinocratès de Rhodes, l’architecte préféré d’Alexandre. Elle s’étalera sur le cordon littoral, entre le lac Maréotis et la mer. La petite île au centre de la rade, connue sous le nom d’Antirhodos, « Rivale-de-Rhodes », portera des palais somptueux. L’île de Pharos s’ornera de temples et de sanctuaires à la gloire d’Isis et des dieux Sauveurs chers aux Ptolémées.
    L’île de Pharos, sans doute le point le plus élevé de cette côte au relief très bas, devait former un amer sur lequel les marins de toutes les époques se dirigeaient. Elle protégeait la sûreté du mouillage à l’intérieur des ports.

Rhodes1    Au nord, au-delà des flots, en mer Égée, à quatre jours pleins de navigation par vent portant, l’île de Rhodes rayonnait de tout son prestige et de son rôle de carrefour maritime. De Rhodes partaient les capitaines et les marchands. Le sculpteur Charès de Lindos, disait-on, construisait une gigantesque statue d’Hélios en bronze, haute de plus de trente mètres, pour commémorer la victoire des Rhodiens sur Démétrios, et signaler le port principal de l’île d’une colossale effigie du Soleil-Hélios.

Drachme d'argent à l'effigie d'Hélios, monnaie de Rhodes, vers 333 avant notre ère. Au revers, la Rose symbole de l'île, avec légende grecque "RODION" (Rhodes)
    Ptolémée releva le défi que lançaient les Rhodiens dans cette course à la maîtrise des mers et commanda l’édification à sa gloire d’un monument emblématique : la Tour de Pharos.
    Les bateaux partaient de Rhodes ? C’est à Alexandrie qu’ils aborderont désormais ! Venus de « la brume des mers, de cet interminable et dangereux voyage !… »(Odyssée. IV-481), les nautoniers avaient besoin d’un bon guide, d’une tour de guet avec vigie et signaux de feux pour se repérer.
    Sur l’île Pharos, surplombant l’ensemble des bâtiments, le temple d’Isis sera flanqué et couronné d’un fanal merveilleux, le plus haut qu’il sera possible d’édifier, un Veilleur tourné vers le large.
    En remerciement du soutien apporté par Ptolémée lors du siège de leur cité par Démétrios, les Rhodiens avaient consulté l’oracle d’Amon de Siouah et spécialement bâti dans leur île un «ptolémaïon» pour honorer le souverain égyptien. Ne peut-on imaginer que le Veilleur de Pharos ait arboré un signe en écho de complicité avec le Colosse des Rhodiens, par exemple une tête auréolée de rayons solaires ? Il n’est peut-être pas gratuit de souligner que l’épiclèse cultuelle de Sôter (Sauveur), attribuée à Ptolémée I, lui vient de l’aide apportée  lors du fameux siège de l’île…    
    Décidément, Rhodes était bien au centre de cette Méditerranée !

Bateaux    Les navigations antiques
    Bien avant Homère, depuis la nuit des temps semble-t-il, la Méditerranée avait été parcourue d’esquifs transportant des marchandises d’un pays à l’autre, et de jeunes hommes sans feu ni lieu.

Gravures rupestres, pétroglyphes représentant des bateaux de l'âge du Bronze.3eme millénaire ? Ouadi Sabû, Soudan. La présence de ces esquifs au milieu du désert est peut-être le témoignage d'un souvenir de l'artiste primitif qui aurait voyagé et vu des bateaux loin de son village... (Photo Lamblard)
    Les épaves de l’Âge du Bronze récent (1600-1100 avant n.ère) livrent aux archéologues leurs vestiges envasés. Longs d’une quinzaine de mètres, navigant à la voile et munis d’avirons, souvent construits en bois de cèdre et de chêne, assemblés par chevilles et mortaises ou même « cousus », ces caboteurs aventureux transportaient des minerais, de l’huile, des lingots de verre d’Egypte, de l’ébène d’Afrique tropicale, de la pourpre de murex, des aromates, de l’ivoire en transit de Nubie.
    Ils voguaient durant le jour de préférence. L’hiver, le marin et son gouvernail restaient au sec. Par mauvais temps et les nuits sans lune, on tirait la barque sur l’arènier. La navigation à vue nécessitait de se repérer sur la terre en journée, sur les étoiles la nuit. Dans les Cyclades, de rares cités élevaient des tours sur les hauteurs de leurs rives pour êtres identifiées de loin, et allumaient un fanal.
    Ce n’est pas tant la mer qui est fatale aux caboteurs, mais bien la terre et ses enrochements, la terre basse sans repères, les écueils, les atterrages, les hauts-fonds sableux.
    Le pilote se guidait sur le soleil et les astres comme le laboureur. Il guettait le bruit des récifs, il observait le vol des oiseaux, la couleur des eaux et les senteurs venues de la terre, l’odeur du feu et des fumées que le vent porte au large.
    Ce ne sera qu’au deuxième siècle avant l’ère commune, qu’Hipparque établira, à Rhodes justement, les premières éphémérides nautiques et la carte des étoiles utiles aux marins. Rhodes où passait le parallèle fondamental de la carte du monde habité.

    Les tours de guet deviennent phares
    « Il y a trois sortes d’humains, les vivants, les morts, et ceux qui vont sur mer ! », écrira un terrien, avouant la méfiance suscitée par les navigateurs à leurs accostages.
    Le terrien se méfie de l’errant, du nomade. La cité s’affirme dans son rempart d’où la sentinelle contrôle le chemin. Le port vulnérable ouvert sur la mer élève ses tours de guet pour surveiller l’horizon.
    La principale utilité des postes de vigie est de prévenir les autorités de l’arrivée des pirates. Du haut du sémaphore, le gardien observe le large et avertit la cité de l’approche des brigands. Avec des signaux de fumée, accompagnés de ronflements de trompes pour alerter les vigiles.
    À Alexandrie, Ptolémée rompant avec l’usage, commandera l’édification d’une tour à feu utile aux marins : le Veilleur de Pharos.
    Le génie maritime européen s’en souviendra et nommera les tours à feu de ce nom égyptien latinisé pharus.
    Au deuxième siècle avant notre ère, Poseidippos de Pella composa une épigramme en l’honneur de Pharos : « Voilà pourquoi, dressée toute droite, découpe le ciel une tour visible à d’innombrables stades, durant le jour. La nuit, bien vite, au milieu des vagues, le marin apercevra le grand feu, qui au sommet, brûle, et pourra courir droit sur la corne du Tauros… » Ce texte peu connu a été trouvé à Memphis. (Il est reproduit dans Le Voyage de Strabon, commenté par l’égyptologue Jean Yoyotte. Voir bibliographie).

    (La suite ci-dessous :) A droite, le port de Saïda au Liban; C'est le minaret de la mosquée qui sert d'amer et de signal aux pilotes. (photo Lamblard)
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06 février 2007

DU DELTA A LA NUBIE, EXPÉDITIONS D'EGYPTE

  ISouvenirs de la seconde Expédition d’Egypte, Suez 1956
  II - Louxor attentat de 1997

  III - Nubie des pharaons Noirs

    Port-Said, le "Valmy" de la Révolution égyptienne :   
    L'Egypte, quelle fascination ! Pour quelques milliers de jeunes Français, le premier contact avec cette terre ne fut point de cet ordre : ceux que l'on envoya faire les zouaves devant Port-Saïd début novembre 1956, il y a eu cinquante ans l'an passé.   

    Ils n'avaient rien demandé. Il leur fallut de longues années avant de comprendre les dessous de cette croisade avortée ayant pour motif le Canal de Suez.

Suez3_1    Les dissensions s’accumulaient entre l’Egypte et les anciennes puissances coloniales. Les agressions verbales annonçaient la rupture. Le président Gamal Abdel Nasser n’obtenant pas les aides nécessaires à la construction du barrage d’Assouan, prononça le 26 juillet 1956 à Alexandrie, son fameux discours : « Etre pauvre n’est pas une honte », où il annonçait entre autres mesures la nationalisation du Canal de Suez.
    L’opération de riposte se prépara sous la responsabilité de Guy Mollet du côté français. Le grief principal, inavoué,  étant l'aide apportée par l'Egypte au FLN algérien.
    Le débarquement eut lieu le 6 novembre 1956.
A droite, le Canal de Suez encombré de bateaux coulés sur ordre du président Nasser pour retarder la progression des agresseurs. Vue prise de Port-Fouad le 7 novembre 56. (Photo Lamblard)

    « Vous pouvez être fiers de la mission capitale qui vous est confiée. Je suis sûr que vous en serez dignes. S’il le faut, vous saurez renouveler les exploits de nos Anciens sur cette terre d’ÉGYPTE. J’ai toute confiance en votre Valeur et en votre Foi… », écrivait le Général BEAUFRE, Commandant la "Force H". (Extrait de l’Ordre général n°5. Novembre 1956)

Suez5    De l'Egypte, nos bataillons ne virent que des rives enfumées, et les eaux du canal encombrées des 7 épaves coulées par ordre du président égyptien, le premier souverain qui ne soit pas étranger au peuple du Nil.
    Les gardes-chiourmes du monde d'alors (Américains et Russes) stoppèrent net l'élan des trois Etats conjurés, et la cargaison de soldats fut renvoyée au port avant qu'un appelé ne mît pied-à-terre.
Bataillon de parachutistes français de la Division Hamilcar, "Force H", au matin du 5 novembre 1956, se préparant à sauter sur Port-Saïd. (Photo Lamblard)
    La croisade de l'Occident se transforma pour eux en croisière d'île en île, de Chypre à Malte, puis Chypre encore, enfin, elle les déposa près d'Alger pour d'autres aventures coloniales.

     De ces vingt-cinq mois de service armé, quelques-uns gardèrent un vif intérêt pour le monde arabe, une obscure sympathie enfouie en quelque endroit du cœur, mais aussi, sans doute, une sourde réticence à se rendre de nouveau sur ces rives méditerranéennes appréhendées à vingt ans.
    Les deux articles qui suivent doivent, en substance, quelque chose à Guy MOLLET...

    II - L’Egypte meurtrie de 1997
    Ayant  connu cette aventure de l’intérieur, je n'étais jamais revenu en Egypte malgré une fréquentation assidue de son histoire ancienne et de ses richesses archéologiques conservées dans les musées.      
    L'attentat de Louxor de novembre 1997, et les menaces proférées par les intégristes à l’encontre des étrangers en visite, déclenchèrent mon désir de connaître pleinement cette terre, son peuple, et ses merveilles préservées. Pour être franc, la motivation du départ tenait dans l'assurance d'effectuer un voyage hors la presse habituelle et des cohues qui gâchent les visites.  Je partais sur la piste des rapaces et autres volatiles d’Egypte.   

Suez2   Suez1 À gauche, un des cargots coulés au milieu du Canal de Suez. À  droite, vue cavalière du canal. Ce document a été remis aux troupes françaises de la Division Hamilcar, à Malte, début novembre 1956, pour les préparer à sauter sur Port-Saïd. (Photos Lamblard)

  Louxor catastrophé.
    J’arrivai à Louxor trois semaines après le massacre du 17 novembre 1997, au cours duquel le commando terroriste avait abattu cinquante-huit touristes et dix civils ou policiers égyptiens au pied du temple d'Hatshepsout dans la Vallée des Reines.
    Je découvris une ville en état d'hébétude sous un ciel de rêve. On m'accueillit à l'aéroport comme un hôte précieux en me conseillant le meilleur hôtel de la ville où les tarifs dégringolaient. Les chauffeurs de taxi et les cochers sans clients se  disputaient mon sac : Tu donneras ce  que tu veux, c'est pas un problème !…

 
     À Louxor, le réceptionnaire du grand palace ressemble encore à M. Le Troquer intronisant un Président en république, queue-de-pie, nœud papillon et gilet de satin, mais il secoue la tête, navré. Le grand hôtel tourne à vide. Louxor ne porte que la marque en négatif d'un tourisme défunt, un grand vide désolant. L'immense hall, dernier vestige colonial d'un luxe préservé au cœur de ce pays pauvre, les suites royales, les vastes couloirs, et les jardins qui ont connu les monarques, de l'Aga Khan à Mitterrand, accueillent ce matin quelques cafetiers fortunés et la nouvelle bourgeoisie d'affaires venue du Caire. Cela s'entend au bord des piscines.
    Le Nil est vierge de felouques, aucune voile dehors, elles ont leur mât saucissonné, immobiles. Les bateaux de croisière à quatre ponts, les Montasser-Bleu, les Safari-Queen, les Nile-Cruise, les usines à touristes sont à l'ancre, rideaux baissés. Plus de cent, accostés sur six rangs, portant les pavillons des grands tours-opérateurs, les premiers à déserter. De temps en temps, au crépuscule, une de ces grosses barges étoilées s'éloigne pour un bref tour dans le cours du Nil. Elle transporte du vent, pour sauver l'honneur sans doute, comme maître Cornille tentait de sauver celui de son moulin en charriant du plâtre.
Louxor7    Les calèches errent le long de la promenade en quête d'un improbable client. Elles acceptent pour quelques piastres la ménagère et son cabas sous la capote luisante décorée de pompons, de mains dorées et de grelots.
Louxor, vue des bateaux à quai et des rives désertes prise des fenêtres du Old Winter, en décembre 1997. (Photo Lamblard)

    Louxor catastrophé ne comprend pas ce qui lui arrive. On l'a privé de son sang. Les milliers de boutiquiers, guides, gardiens, vendeurs de sodas et de cartes postales, dragueurs de haut vol, livrés à eux-mêmes, se regardent l'un l'autre, avec la charge inemployée du sourire commercial dans le rictus. La ville vivait exclusivement du tourisme, le principal des revenus entrait dans les caisses des grands groupes financiers internationaux propriétaires des palaces et des navires de plaisance encombrant le Nil. Ceux-là sont sans inquiétude, leurs touristes sont partis ailleurs, sur d'autres eaux et vers d'autres sites où ces mêmes marchands investissent. Ce sont les milliers de petites mains qui pâtissent, on a licencié l'armée des sans grades. Le petit peuple récoltait les miettes et cela suffisait à faire vivre les 150 000 habitants du plus grand centre touristique d'Egypte, et les milliers de fellahs qui écoulaient ainsi leurs denrées.
Louxor1    Dès le lendemain de l'attentat, un vent de panique a soufflé chez les voyagistes étrangers et leurs assureurs. De gré ou de force, les groupes furent rapatriés et les agences rayèrent l'Egypte de leur catalogue. En un clin d'oeil, le vide s’installa au bord du Nil. Des dix mille visiteurs qu'hébergeait Louxor en pleine saison, quelques dizaines d'habitués, à peine, restèrent.   

    Martyr du tourisme de masse
    On doit éprouver grande compassion devant la misère qui a frappé cette région de l'antique Thèbes et le secteur touristique égyptien dans son entier, mais ce sera sans angélisme. On sait trop quelles perversions dans les rapports humains entraîne le tourisme de masse lorsqu'il se substitue à toute autre source de revenus, et c'est bien le cas ici. Malgré la proverbiale gentillesse du peuple égyptien, et son sourire indéfiniment offert à l'autre, l'arrêt brutal du flux touristique dévoilait partout l'érosion des rapports de convivialité, on voyait la marque du collier et les flétrissures sous l'emballage fleuri. Le cirque parti, restaient les ronds de sciure et les trous des mâts sous le vent du lundi.

Hatshepsout    Pendant quelques jours, j'aurai la conviction d'être le seul Européen présent dans les rues de la ville, puis je croiserai quelques anglophones et un car d'Asiatiques. De Français point. Dans le musée de Louxor, où l'on peut admirer  les statues trouvées dans une cachette à quelques centaines de pas de là, je serai seul pendant plus d'une heure, le silence en prime, en tête-à-tête avec ces sublimes visages de la plus énigmatique antiquité. Il y a un mois à peine, ce musée résonnait du vacarme de la foule, des clameurs des guides et des rires qu'immanquablement la contemplation des chefs-d'œuvre provoque au sein des groupes. La Chapelle Sixtine aux heures de pointe. À  gauche, le temple d'Hatshepsout déserté par les visiteurs. (Ph. Lamblard)
    Je serai le seul visiteur à descendre dans le tombeau de Toutankhamon où d'ordinaire on défile à la queue-leu-leu ; seul dans l'immense temple de Médinet Abou ; seul dans la tombe de Néfertiti. Accablés de chagrin, les gardiens ne descendaient même plus au fond des caveaux, où, dans le silence absolu, aux seules lueurs d'une torche, se révélait comme aux premiers explorateurs l'incroyable accumulation de merveilles. L'avant-veille, dans l'immobilité écrasée de soleil des nécropoles de Saqqarah, j'avais vu s'avancer lentement la silhouette légèrement voûtée du Professeur Lauer, venant de nulle part, seul lui aussi, qui traversait la pierraille pour rejoindre comme chaque matin ses fouilles. Nous nous sommes salués d’un mouvement de tête. Et je serai le seul Européen à gravir la rampe du temple d'Hatshepsout au fond du gigantesque amphithéâtre de rochers où eut lieu le bain de sang des islamistes proclamés.
Louxor2    Cependant, durant tout ce voyage, un mois après l'attentat, je n'aurai jamais le sentiment d'un quelconque danger. La sécurité me sembla totale, et les dispositifs policiers en place extrêmement discrets. Sur les lieux, plus aucune trace apparente. Le guide qui un jour avait tenu à m'escorter (pour le seul plaisir de parler français avait-il assuré.) ne voulut faire que de furtives allusions au drame. L'impensable était survenu, il fallait oublier pour que, plus jamais, Inch'Allah, cela ne se reproduise. À l'écouter, leurs auteurs ne pouvaient être que des ennemis de l'Egypte, des chiens, les pires adversaires de l'Islam. Bien évidemment, ils venaient d'ailleurs, ces fous ! Les commentaires s'égaraient vers des pistes imaginaires.

    Jour après jour, les journaux apportaient des précisions sur l'identité des six terroristes abattus. On apprenait qu'ils fréquentaient un institut de la prestigieuse Université d'El- Azhar à Assiout, fils de bonne famille, pourvus de diplômes... «Oui, mais un diplôme de vétérinaire, ça peut servir à quoi dans notre Sud abandonné, me glissa le chauffeur de taxi, à guider les touristes ? » 

    Un silence de mort
    D'être un des rares porteurs d'espoir de rétribution pour une multitude de tâcherons désœuvrés ne va pas sans tracasseries. On connaît les sollicitations pressantes dont le voyageur est la cible, à Pigalle comme au Vatican ou à Madrid. Pour y échapper un temps, j'accepte la proposition d'un cocher de me conduire à Karnak. Celui-ci ne m'avait pas sifflé. La plupart apostrophent le client comme un bétail. En temps normal, ils parviennent toujours à ferrer dans la masse quelques prises pour ne rester jamais au dépôt. Maintenant, ils tournent au hasard, chargent pour cinquante piastres des écolières en goguette.
    À la tombée du jour je tente une promenade sur l'avenue. Les rabatteurs des felouques grimpent la rive en soulevant leur robe pour arriver plus vite, ils la tiennent entre leurs dents selon la coutume des Saïdis. Ils n'ont rien gagné depuis plusieurs jours. Tous les dix pas, il y en a un qui attend l'oiseau rare. Je refuse avec le plus de courtoisie possible, m’éloigne le plus que je peux des débarcadères, mais sur la chaussée suivent plusieurs calèches qui guettent. «French ! French !» Ils hurlent debout sur leur siège. J'aimerais bien disparaître un temps et m'asseoir à l'ombre, face aux montagnes de l'Ouest, la rive des morts, pour lire dans le calme, l'air est doux, il y a des oiseaux, aucun ronronnement de turbine ne trouble le silence du Nil, et le vacarme des prédicateurs ne parvient pas jusqu’ici. Mais j’entends piaffer derrière les arbres, ils ont là cinq ou six chevaux qui n'ont peut-être pas mangé. Un monsieur très comme il faut m'explique dans un français correct, rencontre rarissime depuis l’Affaire de Suez, qu'il conviendrait que je loue une felouque, maintenant que j'ai pris une calèche, pour apporter quelques bénéfices à un marinier sans travail depuis des semaines. J'entends bien... Voilà ce qui arrive lorsqu'on profite d'un luxe qui ne vous était pas destiné, on a un rang à tenir. J'aurais dû choisir un hôtel moins affiché. Toutefois, on ne voit pas de mendiants, les pauvresses ne tendent pas la main, les enfants dans la rue crient « Hello ! » mais ne demandent rien (du moins dans le centre-ville), on se dispute le client, pas l'aumône, cela change du Trocadéro.

Sentinelle_2    La solitude des sentinelles

    Je me suis fait un copain, le petit soldat qui joue à la sentinelle et monte la garde dans le minuscule mirador que l’on voit planté à l’entrée de la place. De semblables postes de guet se devinent tout au long de l’avenue. Perchée sur une colonne, sorte d’obélisque en béton, la guérite est une étroite alvéole percée de lucarnes, plantée à quatre mètres de hauteur. Le soldat est là-haut isolé comme un stylite. Hier, il m’a salué et je lui ai répondu d’un geste. Aujourd’hui, il me reconnaît de loin, me hèle, sourit de toute sa bonne tête de Saïdi boucané. Nous ne nous parlerons jamais vraiment, mais cet échange aérien le distrait un peu. À chaque passage, je marque un arrêt sous son balcon. Au fait, comment montait-il là-haut et pourquoi était-ce toujours lui que je voyais ? Déroulait-il une corde à nœuds ? La relève venait-elle avec une échelle sur l’épaule ? Peut-être le laissait-on cloîtré comme un moine des Météores. Partout dans la ville, on apercevait ces petits soldats rigolards en faction dans leur échauguette.

Louxor9    À quelque chose malheur est bon : l'Autorité a réquisitionné un bataillon de chômeurs pour nettoyer les abords du Nil. Entre les pontons, sous les passerelles, des monceaux d'ordures sont enlevés, tas de gravats, matières plastiques, canettes, déchets accumulés depuis Bonaparte et l'armée d'Orient peut-être, et que la presse des visiteurs rendait tolérable à tous. On nettoie beaucoup depuis quelques semaines. Un vieux réflexe du pouvoir, afin de chasser le mal après une manif pour faire disparaître toute trace de chienlit.

    Non au terrorisme !
    Quelques avenues sont barrées d'une banderole, il y en a plusieurs en français : « L'Egypte est le pays de la paix. L'Union des étudiants de l'Université EL-AZHAR et le Conseil supérieur de la jeunesse et des sports vous appuient, MOUBARAK, contre la violence et le terrorisme. » Une autre, en quatre langues, au-dessus de l'Agence Louxor-Tourisme, proclame : « NON, NON, au terrorisme. » Près d'une mosquée en construction : « Ail The Religions Against Terrorism. » Dans le temple d'Amon, le 17 décembre, jour anniversaire de l'attentat, un groupe de jeunes gens brandit un drap peint en rouge : «Sohag Sagutta Commercial School No For Terrorism.» Ils tiennent à ce que je photographie leur slogan, ils insistent pour que je témoigne : « Nous sommes tous contre le terrorisme et désespérés par l'horrible carnage. Il faut que les Français reviennent, dites-le! »
Louxor3    En dix jours, je n'ai pas parlé à un seul compatriote. Dans le quartier central où je commençais à trouver mes repères, entre deux visites de temples, on me reconnaissait et le harcèlement mercantile s'atténuait. Je m'asseyais à la terrasse d'un petit Ali-Baba-Café. On s'habitue à tout, même aux crachotis interminables des minarets en surenchère de haut-parleurs saturés. Les voix tissent un réseau d'imprécations sur la ville. On se croirait en pleine quinzaine commerciale à Rodez.
    L'odeur des chichas embaume. J'écris à l'ombre, au bord de la rue commerçante. Le garçon m'a servi un coca. Non loin, un vieillard fume, je parviens à percevoir les glouglous de son narguilé malgré le vacarme aérien. Les cloches de mon enfance résonnaient plus brièvement. À côté, le marchand de souvenirs balaie sa boutique déserte. Je crois qu'il a sorti ses Osiris et ses Bastet en me voyant arriver. Il fait divinement beau. Deux vénérables vieillards enturbannés sortent de la mosquée proche, ils sont superbes, bien nourris, le visage frais, les babouches luisantes ; des chanoines. Des classes enfantines processionnent sur le trottoir, elles se dirigent vers les temples. On envoie les écoles combler les vides. L'Egypte ancienne restituée aux Égyptiens. J'en rencontrerai un peu partout de ces groupes joyeux, les fillettes aux atours d'idoles, les garçonnets hardis. « Hello ! » lancent-ils à tour de rôle, ils veulent figurer sur les photos.

Louxor6    Peu de femmes visibles. Hier, sortant de l'hôpital, une trentaine en deuil formaient un groupe compact d'un beau noir d'insecte. Elles ont glissé sur le trottoir, ensevelies sous leurs voiles, funèbres, impressionnantes, juste quelques masques pâles pour témoigner que ces ombres sont bien des femmes. En général, celles qu'on croise dans les quartiers populaires sont gaies, vives, ouvertes et très à l'aise. Je n'aurai que peu d'occasions pour m'adresser à elles. Ce sont les hommes qui occupent les postes en contact avec l'étranger. Pourtant, on sent bien que les femmes sont les vrais moteurs de la cité. En fait, elles sont là où le vrai travail s'élabore.

    Était-ce la faute d’Aïda ?
    Dans Karnak au calme, un jeune couple se promène. L’homme me demande de tenir son appareil photo. J'accepte. « Oh ! Français ? », s'écrie-t-il ravi. « French ? » s'étonne la jeune épouse, « I love you ! » lance-t-elle vers moi avec un grand sourire. « C'est un Français, il ne peut pas te comprendre ! » se moque le mari, crois-je deviner. Et de rire en chœur. Lui se débrouille assez bien dans notre langue. Nous nous asseyons sous les palmiers. Ils viennent d’Assouan, ils sont Nubiens et se disent désolés par l'attentat. Ça s'est passé à Louxor par défi lancé aux somptueuses représentations d'Aïda d'octobre où le Président et les grands de ce monde étaient venus étaler leur opulence, me disent-ils, mais c'est peut-être plus au sud qu'il conviendrait de chercher les causes profondes du malaise… Je commence à comprendre qu'au-delà des déclarations officielles, et sans tomber dans les rumeurs incontrôlables, l'opinion désigne une source du mal qui s'exprime dans le terrorisme. Je tenterai d'en comprendre un peu plus. Les terroristes ont porté un coup terrible au portefeuille de l'Egypte en anéantissant, d'un carnage effrayant, le premier pourvoyeur en devises du pays.

    «Harcelés par la police dans leur fief du sud de l'Egypte, où un tiers de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, contre 17% seulement dans le nord, les terroristes ont choisi le 17 novembre de quitter leurs champs de cannes à sucre et les grottes où ils se cachent pour donner un impact mondial à leur action », me lit le jeune homme, dans une page du Progrès égyptien du 13 décembre qu’il conservait dans son sac. L'année 1997 promettait d'être un bon cru avec plus de quatre millions de touristes. On prévoyait près de cinq millions pour 1998, précise le ministère du Tourisme. Après cinq ans de guerre, les autorités semblaient pourtant avoir pris le dessus sur les terroristes. « Pour la première fois en 1997, le nombre des terroristes tués (53) a dépassé celui des policiers (37) alors qu'en 1996, 52 policiers avaient péri contre 35 terroristes. Le nombre des civils égyptiens victimes de la violence terroriste a, quant à lui, nettement diminué (52 en 1997 contre 88 l'année précédente) de même que la fréquence des attentats, un tous les dix jours en 1997 contre un tous les cinq jours l'an passé. Seul, le nombre de touristes étrangers tués a augmenté, passant de 18 à 67, après Louxor. » (Le Progrès égyptien du 13 décembre 1997).

Louxor8    Dans des tracts au nom de la Gamaat al-Islamiya, trouvés sur les lieux, les auteurs affirment avoir voulu par ce massacre venger l'exécution de quatre dirigeants de l'organisation, condamnés à mort le 19 janvier et pendus le 22 octobre. Depuis 1992, une centaine de terroristes ont été condamnés à mort, et soixante exécutés. Frappé à peine deux mois après la fusillade du Caire et au début de la pleine saison, l'état du tourisme est catastrophique. Le terrorisme semble avoir atteint son but.

    La grande catastrophe nubienne
    Louxor c'est encore l'Egypte. En abordant Assouan, deux cents kilomètres plus au sud, on atteint la Nubie, porte de l'Afrique noire, et cela se perçoit : les gens du Sud, de taille élancée, et plus brun de peau, les Saïdis, apparaissent souverainement élégants dans un dénuement accru.
    Héritage colonial sans doute, le dédain pour le Sud et ses habitants —l'abandon, le mépris des suds, de quelle malédiction relève-t-il ? — est perceptible partout, de l'accueil du groupe folklorique nubien que l'on exhibe dans les hôtels, au comportement odieux des policiers à l’égard des danseuses. «L'antique humiliation perdure aujourd'hui comme sous Ramsès.», me soufflera un musicien.

    Paradoxalement, ce sera en visitant le tout neuf et splendide Musée de la Nubie à Assouan que je découvrirai l'ancestrale aversion dont souffre toujours ce peuple nilotique. Ce jour-là, j'attendais l'ouverture du musée assis sur les marches au milieu de femmes et d'enfants, de familles et de jeunes gens qui ne rappelaient en rien le public ordinaire des musées à mon regard d'Occidental. Si ce mot a un sens ici, c'était un public populaire qui se pressait au guichet. Un public, je le constaterai par la suite, qui venait revoir un monde disparu, un univers détruit, une culture anéantie, sa propre civilisation engloutie sous les eaux du Lac Nasser. Pour eux, visiter leur musée était une fête, ils s'égaillaient dans les salles comme entre les stands d'une kermesse.
    L'extraordinaire prouesse technique du sauvetage de certains temples de la Nubie antique, d'Abou Simbel à Philae, a totalement occulté le drame des villages submergés et des 120 000 personnes (pour la seule partie égyptienne du lac) déportées au Nord loin des rives du Nil, vers Edfou et Kom Ombo.

    Combien d'expulsés par les eaux dans la Nubie soudanaise ? On cite le chiffre d'un demi-million d'habitants que Khartoum dût déplacer. Le lac artificiel, un des plus grands du monde, cinq cents kilomètres de long, recouvre un territoire anéanti. Sans doute le sait-on depuis Hérodote, mais la Nubie était, davantage qu'en Basse-Egypte, ce don du Nil, un mince ruban de limon fertile entouré de déserts parmi les plus torrides. Une oasis allongée, habitée depuis le fond des âges par un peuple cultivateur de palmiers-dattiers et pêcheur du Nil. À la frange des eaux, attendant les inondations nourricières, leurs jardins, leurs palmeraies prospéraient. On voyait sur le penchant des rives les villages repeints de frais, et plus haut adossés au désert, les cimetières où le culte des ancêtres se poursuivait sans fastes mais avec permanence. Depuis la mise en eau du barrage cet espace de vie gît, en totalité pour la partie égyptienne, sous soixante-quatre mètres d'eau. Une inondation monstrueuse, un déluge sans pluie et sans reflux possible. L'eau monta et recouvrit toute terre habitée, sans jamais plus redescendre. Les paysans partirent, les Bédouins nomades s'étonnèrent d’abord du caprice de la nature, puis acceptèrent le désastre irréversible.
QasribrimAutrefois "Montségur des sables", la forteresse de Qasr Ibrim émerge des eaux du Lac Nasser, c'est le seul vestige de la Nubie égyptienne encore en place. Le nid d'aigle a les pieds dans l'eau. (Ph. Lamblard)

    La contrainte de l'Egypte réside dans sa faible proportion de terres cultivées, à peine 5% de sa superficie. La création des barrages d'Assouan, depuis le premier en 1902, s'avérait indispensable pour espérer gagner sur le désert. Nasser réalisa l'ouvrage nécessaire pour l’avenir de son pays. Selon les experts consultés, le développement économique de l'Egypte était à ce prix.

    La mise en eau en 1964 impulsa un indispensable modernisme, mais ce fut une tragédie pour ce peuple du palmier et du Nil étroitement dépendant du milieu où, des poutres de la maison au bois des meubles, de la corbeille à l'accessoire de pêche, de la nourriture aux étoffes, tout venait de la terre. Bien évidemment, les évacués furent indemnisés ou relogés, mais l'argent ne permet pas de reconstituer le milieu naturel ni de retrouver les cimetières. En France, on a pu voir quelle détresse gangrenait les villages où avaient été regroupés les harkis rapatriés.

    À demi-mot, par allusion, avec grande pudeur, à chaque rencontre, j'entendrai évoquer ce drame dans le prolongement des conséquences de la tragédie de Louxor, et ses conséquences qui soudain menacent directement les avancées du développement économique égyptien.
    
    Je ne suis pas armé pour approfondir ce débat, et me garde de toute ingérence, d'autant que le lien, s'il existe, doit être enchevêtré dans de multiples considérations, il me suffit de rapporter qu’à Assouan, et tout au long de mon périple en cette fin 1997, l'évocation du drame de ce peuple déporté revenait comme une cantilène.   

Nubiens1    Le Nubien ennemi congénital
    L’évocation de la grande catastrophe nubienne, dans ce contexte désolant après l’attentat de Louxor, rebondissait à chaque apparition d'images de Noirs humiliés gravées sur les monolithes des temples. Le problème n’est évidemment pas de condamner la violence antique au nom de valeurs de notre temps.
    Répété jusqu'à satiété pour la gloire du roi, multiplié en rituel d’exécration, le thème de l’ennemi garrotté prenait la force vive du symbole. Les innombrables peuples étrangers, connus ou inconnus mais tous ennemis potentiels de l’Egypte pharaonique, envoûtés en figurines, vaincus agenouillés, stigmatisés en peinture, les longues théories de prisonniers qui formaient le socle du pouvoir dynastique, Éthiopiens, Nègres du Soudan, Asiates et autres barbares des sept climats, se résumaient alors, hors de l’espace et du temps, dans cet homme du Sud, le Nubien, le Saïdi, ce Nèhèsi ennemi ancestral des dynasties régnantes.

Nubiens6_1Relief trouvé dans le temple de Médinet Abû. Têtes négroïdes d'époque pharaonique.(Ph. Lamblard)
    Toujours, derrière le fracas d'un drame, surgit du passé le long cortège des êtres humiliés, des hommes battus, des vieillards chassés de leur terre, des enfants privés de tout. Au-delà des clameurs du monde, ce sont les murmures douloureux de ces ombres qui se perçoivent, comme un chant secret entendu au berceau et jamais oublié. La découverte de ce qui reste de la Nubie antique fit se lever ce chant profond en écoutant les récits de ceux que je croisais, ne fût-ce que d'un regard échangé.
                             Jean-Marie Lamblard. Avril 2006.
(Version amendée du texte publié dans Europe, n°828, avril 1998.)
    Suite : La Nubie, texte inédit...

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  • Lettres d'Archipel
    "Lettres d'Archipel", chaque mois, une chronique sous forme de lettre est adressée gratuitement aux correspondants qui laissent leur adresse électronique en cliquant sur le lien : jm@lamblard.com

ARCHIPEL DES MOTS


  • Le mot archipel a une histoire, mieux qu'une étymologie. L'italien "arcipelago" conserve l'origine grecque venue de la mer Égée. D'abord "mer parsemée d'îles", l'archipel est aujourd'hui un groupe d'îlots. C'est à l'archipel qui se trouve au large de sa baie, que la ville d'Alger doit son nom, Al-Djaza'ir, venu de l'arabe. Auparavant, le site se nommait "Ikosim" en punique, "Ile aux Mouettes... Les latin écriront "Icosium".

  • Barberousse, le corsaire turc qui fonda la citadelle d'Alger vers 1517, annexa également la poignée d'îlots située au large.

  • Ibn Khaldoun écrit, à la fin du XIVe siècle, dans le tome second de l'"Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", qu'un Fatimide autorisa la fondation de trois villes, dont une "sur le bord de la mer appelée Djézaïr-Béni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna). Maintenant Alger..." Les Béni-Mezghanna sont des Kabyles. De la ville, le nom passa au pays dont Alger devint la capitale en 1839.

  • Le terme français archipel a reçu par métaphore la valeur d'ensemble... Les mots comme les hommes ont des ailes, ils voyagent.... Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour...

  • Des idées et des mots en Archipel. Sur la mer des Deux Rives, et ses horizons qui furent de tout temps au coeur de l'imaginaire, voguant sous le pavillon des Lumières, Archipel se déroule à l'image d'un portulan virtuel. Il s'élabore d'une escale à l'autre, en usant des chemins de traverse et du réseau de voies qu'empruntent les migrations d'hommes, d'oiseaux, et de mots. Le domaine est l'espace méditerranéen jusqu'aux terres du pourtour.

  • Pour ce puzzle, les avatars de l'imaginaire sont à réinventer toujours, comme s'y emploient les oeuvriers de l'Art Brut et les Vagabonds des Lettres. Archipel ! De Venise à Alexandrie, d'Occitanie en Egypte, des Iles d'Or à Chypre, de Kateb Yacine à Frédéric Mistral, d'Artémis à Marianne, des Vautours aux Pintades, du Sanglier à l'Ours, les signes se répondent et s'échangent.