JUILLET 1968 AU FESTIVAL D'AVIGNON
Souvenir de Juillet 68 en Provence, le Living Teatre !
L'imagination n'a pas pris le pouvoir
68, révolte d'une fraction avançée de la jeunesse qui tentait d'échapper au danger, bien français, de rancissure.
En 1968, je besognais dans la mouvance du théâtre avignonnais en participant activement aux spectacles de la Compagnie des Carmes. Avignon ne nourrissait pas beaucoup de propositions artistiques. Mon lieu refuge était plutôt le Musée d’histoire naturelle. Les aventures théâtrales innovatrices permanentes sur la ville, à cette époque, ne devaient pas concerner plus de trois équipes : Hubert Jappelle, dont j’étais un fidèle depuis les soirées des ruines de Saint-Ruf ; André Benedetto, que je suivais depuis notre première rencontre autour d’un récital Paul Éluard ; et le petit dernier, Gérard Gélas, qui sortait à peine d'un lycée d'Avignon.
Enfant, j’avais découvert le théâtre grâce à Jean Vilar : pour récompenser l’écolier, qui venait d'obtenir son certificat d’études primaires, on l’amena voir Richard II au Palais des papes.
Aller en Avignon dans les grands magasins était ordinairement pour les petits paysans les prémices de la fête. Ma mère avait mis sa robe des dimanches. Pour elle, Avignon prenait la suite des Chorégies d’Orange où le grand-père conduisait sa famille une fois l’an, en charrette. J’avais joué au comédien pour la kermesse, on me fit donc ce cadeau inattendu et insolite d’une soirée théâtrale pour de vrai.
Nous sortions de la guerre, un besoin de fêtes nous excitait.
Et l’année suivante, je m’y rendrai seul à bicyclette pour assister à un autre Shakespeare.
Mais c’est Le Prince de Hombourg qui marquera la première vraie rencontre, la nuit majeure, l’éblouissement et la fêlure. De cette représentation, les jours ne furent plus semblables aux précédents.
Je vécus dans l’attente du retour annuel du TNP.
Hormis les deux années où l’on m’envoya guerroyer en Algérie, je suivis tous les Festivals, faisant partie des obscurs, des petits, du public qui payait ses places.
Gérard Philipe, jean Vilar et Maria Casarès au Festival d'Avignon. Souvenir des années fastueuses du Théâtre National Populaire. Photos Agnès Varda et Aigles.
Quatre ou cinq ans avant 1968, l’usure du Festival se ressentait et les rapiéçages se laissaient voir. L’arrivée de Planchon fit diversion le temps d’inaugurer un lieu ouvert à tous les vents. La danse de Béjart attira un autre public. On vit même La Chinoise de Godard onduler sur un grand drap contre le mur du palais (les huées du public visaient les mauvaises conditions techniques et non le film...).
Et, en 1967, après avoir chassé les gitans qui squattaient le site, Paul Puaux fit abattre le cèdre centenaire du cloître des Carmes pour jouer "Silence, l’arbre remue encore" de Billetdoux dans ce nouveau lieu.
Bref, 1968 arriva et le Festival annonça le LIVING Theatre de Judith Malina et Julian Beck... Le LIVING, pour montrer que le Festival restait "dans le coup".
Deux directeurs du Festival : Paul Puaux, Bernard Faivre-d'Arcier, et Melly Puaux, les successeurs. (Cliquer sur l'image pour agrandir) Photo Lamblard