05 janvier 2008

LA PINTADE PARMI LES EMBLEMES DU PARADIS

    L'unique site complet sur la pintade :

    LES PINTADES, DE DIONYSOS AU CHRIST.

    Cet oiseau singulier, et très mal connu, la pintade, a fait l'objet d'une thèse d'ethnozoologie, et d'un livre * qui reste à ce jour le seul ouvrage en français décrivant ses origines, et les mythes qui lui seront attachés au cours des millénaires.
    C'est ainsi qu'on reconnaît cet oiseau parmi les  emblèmes du Paradis biblique tels qu'ils apparaissent dans l'iconographie d'influence orientale conservée tout autour de la Méditerranée.
    Sur le site se trouve déjà un article traitant de la mythologie avec des photos inédites, notamment d'un skyphos du Ve siècle av. n. ère (cliquer ici). Un dossier complet sur l'art des Perses Sassanides complète la recherche sur l'iconographies de la Pintade : "Enigme de la Pintade iranienne".

Pintade3_2    Selon notre projet de placer sur la Toile, en priorité, l’état de quelques recherches, et d’afficher les documents au fur et à mesure de leur découverte, afin que chacun au hasard des rencontres puisse se les approprier, voici la reproduction inédite d’une rare mosaïque, récemment exposée en Libye, où l'on voit deux pintades.
    Cette composition datée de 539 renforce notre hypothèse concernant les représentations de pintades à l’époque byzantine parmi les oiseaux du Paradis, associés à l'idée de Résurrection.

GrenadesÀ gauche, un couple de pintades communes. À droite, la mosaïque de Qasr el-Libia, Libye. Carré n°34 du pavement de l'église de l'évêque Makarios. Deux "poules Numidiques" entourent la Coupe de vie d'où jaillit un grenadier, arbre du Paradis venu des Perses. VIe siècle.
(Photos Lamblard)

    MOSAÏQUES  BYZANTINES
    Dernière trouvaille, ou plus justement la dernière image puisque nous avions signalé cette mosaïque libyenne dans « L’Oiseau nègre » (page 131), sans pouvoir en présenter la reproduction.
    Parmi les richesses archéologiques conservées en Libye, il y a notamment des lieux de cultes paléochrétiens, tels ceux de Qasr el-Libia.
    Situé en Cyrénaïque, ces vestiges illustrent la grande époque des basiliques chrétiennes d’Afrique septentrionale du VIe siècle.

    En 534, Bélisaire, envoyé par l’empereur Justinien, chasse les Vandales de Libye, coupables de propager l’hérésie arienne. De tous temps, les adeptes d’un parti ont montré davantage de hargne vis-à-vis des déviants que des ennemis.
    Pour deux siècles au moins, la culture byzantine s'installe sur les rives méditerranéennes qui nous retiennent ici.
    L’Empire byzantin, ou plus justement l’Empire romain d’Orient formé au IVe siècle à la mort de Théodose, et définitivement abattu en 1453 par la prise de Constantinople, assura pendant près de douze siècles la continuité de l’héritage égypto-gréco-romain, lui-même fortement imprégné d'influences venues d'Iran.
    L’avènement de Justinien, qui régna à partir de 525, marquera un grand tournant idéologique et s’imposera sur les terres du pourtour méditerranéen par ses conquêtes militaires.
    L’époque byzantine influencera fortement les arts et les mentalités. Elle marquera particulièrement la technique et les motifs décoratifs des lieux de culte.
Grenades_2    A droite, des grenades mûres sur un marché de Téhéran. Dans la religion Mazdéenne, le grenadier "urvarâm" joue un rôle important dans le rituel. (Photo Lamblard)

 OISEAUX DE PARADIS
    Les mosaïques de cette époque offrent, entre autres singularités, la particularité de contenir de nombreuses reproductions de pintades parmi les symboles du christianisme au milieu des animaux annonçant l’arrivée des temps paradisiaques.
    Les mosaïques pavimentales sont de véritables tapis de prière, ornés des « respectés symboles du Christ », que l’on trouve préservés au sol des édifices.

    ÉGLISE DE L’ÉVÊQUE MAKARIOS
    Datée de 539, la grande mosaïque qui composait le pavage de l’église de l’évêque Makarios à Qasr el-Libia subsiste seule parmi les ruines.
    La prospérité cyrénéenne, due à la richesse agricole du pays en céréales et arboriculture, avait encouragé les Libyens à parer leurs lieux de cultes d’une luxueuse décoration.
    Le pavement se composait d’une grande mosaïque comportant cinquante carrés figurés, représentant des animaux ou des personnages tirés de la mythologie, ou des scènes d’inspiration nilotique ou sassanides.
    C’est ainsi qu’on y reconnaît des autruches, un paon, Orphée, etc. Et une rare représentation du Phare d’Alexandrie.
    On y voit également cette extraordinaire composition montrant un canthare d’où s’élèvent des branches de grenadier chargées de fruits, entouré de deux pintades exactement figurées (n° 34).

Madabaa_1(À droite, pavement du baptistère, église de la Vierge à Madaba, Jordanie, fin du VIe siècle. Poissons et pintades symboles du Christ.)

    LES PINTADES DIONYSIAQUES
    Iconographie empruntée au répertoire dionysiaque par excellence, la coupe sainte d’où surgit l’Arbre de vie, se rencontre d’abondance. Souvent, on y montre la vigne chargée de grappes mûres. Sur la mosaïque de Qars el Libia, l’artisan a choisi la grenade comme fruit d’éternité, retrouvant ainsi la tradition persane.
    (Ci-dessous, grenadier en fleur et premiers fruits sur l'arbre. Ph. Lamblard)
    Le motif de la branche de grenadier portants ses fruits, associé à deux oiseaux de part et d'autre de la tige, est connu en Orient, notamment dans l'art sassanide d'Iran. Un sceau de jaspe conservé à la BNF (inv. M. 2805), des étoffes, reproduisent également ces symboles du monde iranien.

Photo18_18_1    Mais ce sont les deux pintades qui nous retiennent au premier chef.
    Je peux en définir l’espèce : il s’agit de Numida meleagris à barbillons rouges. Ces pintades indigènes d’Afrique du Nord sont connues dans l’Antiquité latine sous l’appellation de « poules de Numidie ».
    Parfaitement stylisées, ces deux pintades offrent cependant une étrange particularité : elles ont deux cornes sur le crâne…
    Ces deux cornes énigmatiques se rencontrent uniquement dans l’art byzantin (ainsi que dans l'art des Sassanides qui s'en est inspiré),  lequel fait une large place à nos pintades, comme nous l'avons souligné en son temps.
    Avec l’aide de l’égyptologue Jean Yoyotte, ces deux cornes énigmatiques m'avaient conduit à mener une étude particulière (L’Oiseau nègre, pages 152 et s.) au terme de laquelle nous avions pu démontrer que leur signification symbolique  était liée à l’héritage pharaonique ainsi qu’aux représentations du signe hiéroglyphique de « l’Oiseau-nèh » ; cette quête des cornes nous conduisait également aux représentations mythiques de l’Inde (Poule d'Inde est le nom de la pintade au Moyen Age européen).
    Compte tenu de la lenteur avec laquelle l'avancée des recherches trouve place dans les publications grand public, nous avons pris le parti de publier dans notre site, en temps réel, les derniers développements sur les sujets que nous traitons.

Nh    En conclusion, et forts de ce nouveau document libyen, remarquons ici une dernière fois que la quasi-totalité des représentations de pintades sur les mosaïques byzantines porte ce signe diacritique des doubles cornes, dont l'origine remonte à l'écriture de l'antiquité égyptienne.

Dessin de "l'Oiseau-nèh" tel qu'il fut reconnu par H. Chevrier à Karnak, et publié pour la première fois par Ludwig Keimer en février 1938. Cet article de L. Keimer imprimé dans le Bulletin des Annales, ASAE, est toujours le texte de référence, il n'a pas été égalé. Nous avons publié une photo récente du hiéroglyphe qui a servi de modèle pour l'identification de l'oiseau-nèh (dans "L'Oiseau nègre", page 163). Le texte dit :"Je te donne l'Eternité qui dépend de moi..."

  * L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, par Jean-Marie Lamblard, Éditions Imago, Paris, 2005.
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04 juillet 2007

HIEROGLYPHE OISEAU-NEH, LA PINTADE

LE HIÉROGLYPHE "OISEAU-NÈH" EST UNE PINTADE

    I - L'idéogramme à l’origine du mot    
   
    Les pintades sont toutes d'origine africaine. Elles diffèrent d'Est en Ouest et ces différences se remarquent essentiellement aux couleurs des ornements de la tête, et à quelques modifications du plumage. Cet oiseau très commun, et infiniment utile à l'alimentation des hommes, le fut aussi en Egypte ancienne pour signifier quelques idées abstraites et fixer le langage.
    Lorsque l’écriture hiéroglyphique égyptienne nous apparaît, elle est déjà entièrement constituée. Il serait hasardeux de conjecturer son élaboration primitive. Néanmoins, nous pourrions trouver logique que l’image simplifiée d’un objet ou d’un animal eût fourni les premiers éléments qui vont conduire aux premières écritures.
    Ce seraient les « idéogrammes » qui auraient présidé à la représentation de la parole par signes gravés. Aujourd’hui encore, lorsque nous voyons au bord de la route où nous roulons un panneau qui reproduit la silhouette d’une vache, nous comprenons qu’il y a des ruminants dans la contrée et que les autorités dans leur grande sagesse nous avertissent que ces bovins peuvent traverser la chaussée.     Les idéogrammes ont conservé leur utilité.   Nh_2

   ...Le signe tracé par la main de l’homme, source d’énergie positive et de transcendance… 
   Si à l’origine, les premiers signes écrits étaient des idéogrammes, pouvaient-ils noter, en outre, l’équivalent de l’onomatopée pour désigner l'animal ? « Meuh ! » beugle l’enfant dans l’auto en désignant le panneau.
    Mais les civilisations à leur émergence ne sont point enfantines !…
(À droite, dessin de Henri Chevrier, le premier "nèh" jamais publié (ASAE 1931).  Ci-dessous à gauche, pintade Vulturine de l'est africain. Cette espèce vivait le long du Nil au début de la civilisation pharaonique. A-t-elle servi de modèle aux scribes ? Photo Lamblard. cliquer pour agrandir les images.)   

Vulturineb    Les premiers hiéroglyphes égyptiens, dans une écriture organisée, apparaissent à l’aube des premières dynasties, vers 3300 avant notre ère. À cette haute époque, se trouvent déjà réunis les éléments de la civilisation pharaonique et l’on devine des correspondances avec le Proche-Orient et la Mésopotamie, où un second foyer culturel développe son propre système d’écriture. Pepy1_2

    Nous allons tenter d’approcher la complexité de la pensée égyptienne à partir d’un exemple simple qui nous conduira d’un volatile familier aux paysans africains, jusqu’au principe d’éternité et de vie  perpétuelle.
    (À droite, fragment des Textes des Pyramides, antichambre de la pyramide de Pépy 1er, VIe dynastie. "Les ailes de Pépy sont celles de l'Oiseau-nèh..."   

    Identification du hiéroglyphe « nèh » (G.21) 
    Les ouvrages traitant des hiéroglyphes étant innombrables, nous nous attarderons ici sur un signe rare, celui de l’« oiseau-nèh », classé G.21, dans la nomenclature de Gardiner (1).
    Il se présente sous la silhouette stylisée d’un oiseau banal, de profil, stable, au repos, d’une forme indistincte noyée dans la foule des oiseaux du type « rapace ».
    Heureusement les peintres et lapicides égyptiens ont ajouté parfois à leurs figures des appendices ou des signes diacritiques qui aident à les distinguer les uns des autres, ainsi que des déterminatifs. 
    L’Oiseau-nèh, nous le savons depuis les travaux indépassés de Ludwig Keimer en 1938, est la pintade nubienne (2) Nous éviterons ici de nous perdre dans le débat sur les espèces de pintades pour nous en tenir au hiéroglyphe "Oiseau-nèh". Les nombreuses photos reproduites dans l'article, dont certaines sont inédites, le décrivent mieux qu’un long discours. Les égyptologues sont convenus de nommer ainsi ce hiéroglyphe « nèh » et de le vocaliser « nèè ».
    Ce n’est pas seulement un idéogramme pour désigner l’oiseau pintade, il est aussi utilisé dans l’écriture de notions complexes où il devient un phonogramme « bilitère » (valant pour deux consonnes) avec valeur « nèhèh ». Par exemple, il sert à écrire le mot « Éternité ».

    Les Nèhèsiou sont les Nubiens du Nil
    On ne trouvera pas ici l’inventaire exhaustif des occurrences où intervient ce hiéroglyphe (détaillé dans L’Oiseau nègre, pages 152 et s.) mais on insistera  tout d’abord sur le nom antique des Nubiens, habitants de la vallée de Haute-Egypte, qui s’écrivait avec le dessin d’une pintade de Nubie.
    Dans les textes égyptiens, les Nèhèsiou (singulier Nèhèsi) ce sont les populations de Nubie, aujourd’hui au Soudan. Ethnique ou sobriquet, Nèhèsiou est probablement l’appellation indigène des Nubiens car ce nom est sans étymologie égyptienne connue. 
    (À gauche, temple de Kom Ombo, Haute Egypte, les "Nèhèsiou", peuple des Nubiens de la vallée du Nil, enchaînés parmi les ennemis de l'Egypte. Epoque ptolémaïque. Photo Lamblard)

Nubiensnh    Un peuple qui se serait désigné par le nom d’un animal respecté ne doit pas surprendre. Les Français ne se voient-ils pas souvent figurés en coqs ?
    Revenons à l’idéogramme simple qui désigne l’oiseau pintade « nèh ». Si l’on se souvient que l’écriture égyptienne ne note pas les voyelles, on comprend que la vocalisation moderne n’est qu’une convention récente. Champollion, en visitant les tombes de Haute-Egypte en 1829, lisait « nâh » ! « Les Nègres sont désignés sous le nom général de « Nâhâsi », écrivait-il à son frère. Il n’était pas plus dans l’erreur que nous le sommes puisque personne ne peut savoir comment les Egyptiens anciens vocalisaient leurs idiomes.
    Ainsi, dans la langue afro-asiatique que parlaient les Egyptiens, cet oiseau pintade pouvait fort bien être désigné selon une onomatopée reproduisant le cri familier de ces pintades (qu’utilisent toujours ces chers volatiles si conservateurs).     Cri d’oiseau entendu directement ou emprunté à leurs voisins du sud, et qui peut se transcrire en langage humain par « nâh », "nâh nâh nâh" , ou "nat nat nat", etc. Je rappelle que le nom des pintades chez les peuples africains Noirs est souvent construit à partir du cri. En Wolof pour désigner la pintade de brousse, on entend « nat nat nat », ou encore "nâhat…"(3) Pintade_grise_2

    La complainte du paysan
    Dans certaines sociétés traditionnelles d’Afrique, les rituels d’initiation utilisaient le symbole de la pintade pour exalter l’activité agricole de l’homme, étroitement dépendante du cosmos, du soleil et de la terre, des étoiles et des saisons (4). La pintade, levée avant l’aube, cherchant sa pitance en grattant le sol, et ponctuant son parcours de jacassements lancinants, représentait le paysan dans son labeur ingrat. (À droite, palette prédynastique à fard. Schiste. Coll. Ortiz. Vers 3500/3300, époque de Nagada II. Exposition de Londres 1994. Au-dessus, pintade grise africaine, photo Lamblard)   Palette_1
    Nous connaissons un texte du Nouvel Empire égyptien (de 1500 à 1100 avant notre ère) appelé la Satire des Métiers, pour « l’enseignement de Khéty », qui contient une raillerie du fellah au travail. Le scribe décrit à ses élèves le sort qui attend les cancres qui vont devoir quitter l’école pour retourner à la corvée des champs :
    « Les passereaux apportent la misère au cultivateur. Le grain sur l’aire est volé. Alors le percepteur débarque pour collecter l’impôt… Le fellah est battu… Le paysan pleure et grince plus que la pintade. Sa plainte est plus triste que le roucoulement du ramier… »(5)
    Ce texte satirique, qui utilise l’image de l’oiseau-nèh pour signifier le sort du fellah du Nouvel Empire, est toujours valable trois millénaires plus tard.

    La pintade dans les Textes des Pyramides
    Le signe oiseau-nèh apparaît, pour sa plus ancienne attestation connue, gravé et peint sur les murs de la salle du sarcophage du pharaon Ounas, fin de la Ve dynastie (2350/2321), à Saqqarah, dans ce qu’il est convenu de nommer les « Textes des Pyramides » (Auparavant, il s'agissait de silhouettes gravées sur des palettes prédynastiques, hors écriture organisée).
(À gauche, gravures dans la pyramide de Téty, VIe dynastie, 2290 avant notre ère. Hièroglyphe Oiseau-nèh. Photo Lamblard)

Tty_1    En haut de la ligne 161 b-c. du panneau 43, on peut déchiffrer le nom d’une divinité mystérieuse, Nèheb-kaou (6). Le signe-oiseau qui le constitue est l’image stylisée, sans fioriture, d’une pintade. On pourrait peut-être y distinguer la silhouette d’une pintade Vulturine de l’Est africain. Ce dieu Nèheb-kaou serait le « Maître de la Destinée », son ambiguïté le relie au monde des serpents. 
    Dans une autre colonne du texte, c’est le dieu Pintade-Nèh qui est nommé en regard du principe d’Éternité solaire, toujours écrit avec le même hiéroglyphe, « Ounas connaît son nom : Nèh est son nom, le Maître de l’année… » (7)
    Ce dieu Nèh, éternel invocateur du soleil levant, est clairement désigné par la figure de l’oiseau pintade. Hypostase du Créateur, ce dieu Pintade fait revivre chaque jour le soleil par ses cris éveilleurs d’aurore.
    Parmi les Textes des Pyramides colligés dans la tombe d’Ounas, c’est une dizaine de hiéroglyphes oiseau-nèh que l’on relève. Ils interviennent pour signifier l’Éternité souhaitée au pharaon, ou désignent la prière elle-même.
    Il faut souligner ici que ces dessins de pintades, dans l’écriture sacrée d’époque très ancienne, ne portent pas de signes surajoutés, ni doubles cornes, ni houppe ou goutte pectorale, ni protubérance intempestive que nous allons rencontrer plus tard.
    Pour autant que l’on puisse en juger, au troisième millénaire avant notre ère, les scribes connaissaient leur modèle et figuraient la pintade sans complexification ni signe diacritique.
    Dans la pyramide de Téti à Saqqarah, datant de la VIe dynastie, vers 2290, l’oiseau-nèh que l’on voit dans les colonnes des litanies sacrées est assez comparable au prototype relevé dans la pyramide d’Ounas.Vulturinea
    Sous le règne de Pépy 1er, les Textes des Pyramides sont encore gravés, et peints en vert (VIe dynastie, vers 2247), mais on voit apparaître dans les exemplaires de l’oiseau-nèh une « goutte pectorale » que l’oiseau pintade ne porte jamais au naturel.    (À droite une pintade Vulturine (Acryllium vulturinum) Photo Lamblard)

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(À gauche tête de pintade mâle grise commune. Photo Lamblard)

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(Ci-contre à droite, pintade de l'est africain à barbillons bleus et pinceau de poils sur le bec (Numida ptilorhyncha); planche d'Elliot, 1872. Coll. MNHN. Paris.)

Suite...

               

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28 février 2007

LA PINTADE, OISEAU MYTHOLOGIQUE

    PINTADE, GUINEA-FOWL, FARAONA, OU OISEAU NÈGRE !

Pintades9_1    S'il est un oiseau mal connu des Européens, la pintade est celui-là... Je ne parle pas de la volaille à rôtir, mais de l'oiseau africain compagnon des premiers hommes sur cette terre qui à vue naître l'Humanité.
    On le rencontre dans les grandes mythologies :

A gauche, un grand troupeau de pintades d'Afrique de l'Ouest, dans la savane. Au moment de la reproduction, ce sont des centaines d'oeufs que l'on ramasse dans les nids posés au sol. L'oeuf de pintade est délicieux. (Photo Lamblard)
   Etrange destin, cet oiseau connu et exploité par l'homme depuis toujours n'avait jamais accepté la domestication. Il nous apparaît aujourd'hui exactement semblable à ses ancêtres des millénaires passés.
    C'est cette histoire que raconte  "L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques", avec une préface de Ernest Pignon-Ernest.

    Le nom italien de la pintade, faraona,  désigne la vallée du Nil comme la patrie d'origine de cet oiseau, et le nom anglais, les côtes de Guinée. Il y en a d'autres plus énigmatiques encore.

    La poule aux mille perles
    Bonne nouvelle, "L'Oiseau nègre" réédité, a été revu et augmenté. (Éditions Imago, toujours). Ce livre est à ce jour le seul ouvrage qui traite de la pintade sous tous ses aspects, origines, mythologie, légendes, etc.
Pintade1_1    La miniature ci-contre à gauche, extraite d'un bréviaire franciscain de 1430 ayant appartenu à Marie de Savoie, est conservée à Chambéry. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir)     
Pintades5_1    La pintade figurée, originaire d'Abyssinie probablement, (Numida ptilorhyncha) représente l'oiseau du Paradis, elle indique la promesse de résurrection...
À droite, pintades vulturines de l'est africain, "Acryllium vulturinum", que les Egyptiens anciens connaissaient et dessinaient dans leurs hiéroglyphes.  (photo Lamblard)

    Merveille de la Toile, depuis que la Pintade se promène sur Internet, des correspondants viennent enrichir notre recherche : cette miniature nous a été signalée par Baudoin Van Den Abeele de l'Université de Louvain. Et, page 169 du livre réédité, le dessin du tesson de céramique de Basse-Nubie à Méroë nous a été envoyé par Sydney H. Aufrère de l'Université de Montpellier.
     Un autre bol décoré d'une frise de pintades, provenant de Sédeinga au Soudan, se trouve au Louvre, il daterait de 200 de notre ère environ. (Photo ici !)
    L'Université d'Aix, en la personne de Jean Jouanaud, nous fait parvenir le texte d'un "Voyage au Ouaday" par le Cheikh Mohammed Ibn-Omar El-Tounsy, traduit en français en 1851, où il est question de cadeaux d'ambassade, constitués d'oeufs de pintades ramassés par les paysans de cette contrée de l'Afrique de l'est. Ce sont des milliers d'oeufs, plus de cent charges de chameaux, dit l'auteur, qui sont chaque années offerts au Sultan du Ouadây, lequel en gratifie sa clientèle jusque dans la vallée du Nil.    
    Nouvelle confirmation de ce que nous présentions dans notre thèse sur le rôle de la pintade dans les ressources alimentaires de certains pays africains. Avant la raréfaction des pintades, au printemps, leurs ponte abondante "tombait" comme une manne miraculeuse !
    Compte renu de la lenteur avec laquelle les avancées de la recherche sont reprises dans les ouvrages grand public, nous avons choisi de publier ici même, sur le site, l'état de nos dossier en temps réel.
    À suivre ci-dessous...   (À droite, Ernest Pignon-Ernest auteur de la préface et des dessins)

Ernest2Dernière "Lettre d'Archipel" : Énigme de la pintade iranienne, un oiseau d'éternité.

 

Cliquez en bas  :

http://lamblard.typepad.com/weblog/2006/12/nigme_de_la_pin.html

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04 février 2007

IRAN DES SASSANIDES ET PINTADE

    Iran des Sassanides, civilisation du tapis et de la tenture, et les symboles venus d'Égypte   

  Avant-propos
    Les archéologues savent que l'Iran des Sassanides (de 224 à 642 de notre ère), leur livrera peu ou pas de mosaïque, au contraire d'une fouille d'édifice byzantin. Civilisation du tapis et de la tenture, cet Empire prestigieux a disséminé ses tissages et ses soieries aux quatre points cardinaux
des marchés aristocratiques. Ces oeuvres d'art véhiculent aussi des symboles venus de pays lointains.

    Raccourci :
    Au musée de Téhéran trône une magnifique statue du roi Darius 1er trouvée à Suse dans les ruines d’un palais achéménide. Cette œuvre égyptienne témoigne de l’époque où les Perses dominèrent l’Empire de Pharaon.
    Sur le socle, gravé pour l’éternité, nous suivons la théorie des peuples assujettis rendant grâce au Roi des rois Darius. On reconnaît les Nubiens identifiés par la silhouette d’un homme Noir agenouillé, les bras levés en signe d’adoration, et par le nom inscrit en hiéroglyphes dans un cartouche crénelé.
    Ce nom «Nèhèsiou » comporte l’image de la Pintade nubienne, Oiseau-nèh, qui fit le voyage figée dans la pierre, de Haute-Egypte en Basse Mésopotamie.
    Dans une autre salle du musée de Téhéran, ce sont des plats en argent d’époque sassanide qui offrent l’image d’une Pintade gravée en leur centre.
    Entre la statue et ces oeuvres célébrant la splendeur iranienne, un millénaire s’est écoulé.  L'oiseau Pintade  tisse un lien, du Nil fécond  au Pays des Deux Fleuves, et sert de "fossile directeur".   
 
    L’énigme de la Pintade iranienne des Sassanides 
    Comme point de départ, optons alors pour l’exposition présentée à Paris en 2006 : « Les Perses sassanides. Fastes d’un empire oublié.», puisque c’était la première fois que l’on exposait en France un ensemble cohérent d’œuvres d’art relevant de l’Empire iranien.
   
    Pendant plus de quatre siècles, la dynastie des Sassanides domina le monde civilisé de sa splendeur, renouvelant la puissance redoutable des conquérants perses achéménides.
    Le nouvel empire sassanide, fondé en 224 à la suite de la victoire d’Ardaschir 1er sur le dernier roi des Parthes Artaban V (le fier Artaban, souvenez-vous), aura tenu tête aux Romains en écrasant leur armée. Les Perses vaincront trois empereurs : mort de Gordien III, reddition de Philippe 1er dit l’Arabe, et chute de Valérien ; ce dernier, fait prisonnier en 260 à la bataille d’Edesse par Shapur 1er avec son armée, sera exécuté par son vainqueur et les légions romaines seront réduites en esclavage.
    L’Empire des Sassanides ne disparaîtra officiellement qu’avec l’arrivée des cavaliers arabes porteurs de l’Islam, vers 642. L'Iran actuel en est l'héritier direct.
(À droite, relief de Naqsh-e Rostan commémorant l'investiture d'Ardashir 1er, Roi des Sassanides. Photo. Lamblard)
Relief2
    Les Iraniens contemporains n’oublient jamais leur prestigieux passé, même s’ils ne délèguent plus de Mages chargés d’offrandes vers Bethléem. 
    L’exposition présentée à Paris regroupait un ensemble d’œuvres précieuses et rares dont certaines n’avaient jamais été montrées au public. Toutefois, ce qui a retenu notre attention est l’existence de la Pintade africaine dans le décor.
    Gravées dans l’argent ou moulées en stuc 
    J’ai relevé une dizaine de Pintades figurées sur divers supports, gravées dans l’argent ou modelées dans le stuc, pour la plus grande gloire du Roi des rois du Domaine pastoral des Aryens, ainsi que les Iraniens nommaient leur gigantesque territoire planté à l’Orient de notre Méditerranée.
   Sassanide2 Il y a d’abord une plaque trouvée dans les ruines d’un palais à Ctésiphon, la capitale des Sassanides, datée du VIe siècle. Je connaissais déjà cette œuvre d’art, mais n’avais pas identifié l’oiseau avec certitude. L’allure générale est bien celle de notre modèle avec toutefois deux singularités étrangères à notre volatile : le graveur a placé sur la tête de son sujet une sorte d’aigrette empruntée aux paons, et fixé à ses jambes un ergot que ces Pintades n’ont jamais. (Photo à gauche)
    Malgré la beauté de cet élément d’architecture en stuc, et un autre semblable conservé à Berlin, je n’avais pas été convaincu de la présence de la Pintade « vraie » dans l’art des Sassanides. J’y voyais davantage une image abâtardie  du paon. J’avais tort, il s’agit bien de Pintade comme nous allons le démontrer maintenant.
    L’exposition présente six autres gravures de Pintades, auxquelles j’ajouterai le thème central de trois plats d’argent conservés à Téhéran et d’innombrables figurations brodées dans des étoffes précieuses désormais bien identifiées sassanides.
    Toutes ces Pintades sont figurées selon une norme invariable, elles semblent relever d’un prototype: corps ramassé, de profil, posé, paisible, et sans particularité d’âge, de race ou de sexe.
    Curieusement, l’oiseau modelé dans les décors de cet art d’apparat destiné à l’usage de la cour des Sassanides, ou réservé aux cadeaux d’ambassade, est toujours gratifié d’une caractéristique anormale qu’il faudra expliquer : il a deux cornes sur le crâne, alors que la Pintade véritable n’en porte bien évidemment qu’une. (À droite ci-dessous, dessin de la gravure centrale d'un bol en argent niellé, époque sassanide, Iran. Dessin de C. Florimont) Sassanide3_1
    Un attribut sacré venu d’Egypte
    L’art des Iraniens sassanides, en utilisant dans son répertoire iconographique l’image de la Pintade, augmentée d’une corne énigmatique, assure la jonction historique avec un ensemble de thèmes figurés venus de l’Egypte pharaonique.
    Ces thèmes ont vraisemblablement été transmis selon les voies naturelles des échanges commerciaux aux centres orientaux, syriens et iraniens, de productions artisanales de luxe. Après la naissance du Christ, les artisans coptes conserveront dans leur commerce la tradition des scènes nilotiques.
   
    À l’avènement de Justinien, la Renaissance byzantine poursuivra l’exploitation du répertoire iconographique hérité des siècles antérieurs, où certains symboles empruntés aux hiéroglyphes égyptiens cohabitent dans un contexte mythologique largement imprégné d’influences hellénistiques et romaines désormais adapté à la religion chrétienne, notamment dans les mosaïques de pavement.
Les Pintades portant les doubles cornes deviendront l’une des caractéristiques de l’art sacré byzantin.
    La chute de Constantinople-la-Romaine mettra un terme à la chaîne de transmission culturelle des arts figurés. Venise prendra en quelque sorte le relais, sans toutefois récupérer tous les symboles orientaux.
(Ci-dessous à gauche, mosaïque de Madaba, Jordanie, VIe siècle. La pintade byzantine, oiseau du Paradis, dans l'église du "Hall d'Hippolyte", dotée des doubles cornes symboliques. Photo Lamblard)
    Madaba2Nous allons voir qu’avec l’arrivée des Arabes, l’art des Sassanides ne disparaît pas immédiatement. Nous suivrons sa trace persistante chez les souverains Omeyyades qui sont ses vrais héritiers en Syrie et Palestine. Et tout cela selon notre guide, la Pintade africaine.
    Ainsi, avec ce dossier qui vous est offert en priorité, se complète et s’achève mon étude ethno-zoologique de la Pintade, dont un résumé a déjà été publié sous le titre « L’Oiseau nègre ».

    La civilisation du tapis et de la tenture
    L’Iran des Sassanides, dès le début du IIIe siècle de notre ère, a irrigué le monde de ses productions somptueuses. Civilisation du tapis et de la tente, ses étoffes de soie brodées, son argenterie, ses verres et camées, ses sceaux précieux, ses armes d’apparat et ses monnaies d’or, circuleront aux quatre points cardinaux vers les demeures aristocratiques.  La mosaïque est sédentaire, le tapis voyage... Chateauiran   
    Cet artisanat d’art, véritable monopole d’État au service d’un souverain, rehaussait la valeur de ses œuvres en les décorant de scènes historiées montrant le roi et les nobles dans leurs occupations favorites, la chasse principalement, avec un goût pour les thèmes empruntés au prestigieux passé de la Perse.
(À droite, château d'Ardashir 1er à Firouzabad, Iran. IIIe siècle. Photo Lamblard) 
    L’empreinte millénaire de l’Inde et des religions indo-iraniennes s’identifie facilement. Nous pouvons reconnaître dans l’art figuré sassanide la présence de l’Arbre de vie, le Hôm, les animaux affrontés, le jardin paradisiaque peuplé d’oiseaux, le diadème royal, etc. Représentations bénéfiques, propitiatoires, sensées porter chance à l’heureux propriétaire de l’objet, après avoir matérialisé l’hommage offert par l’ouvrier d’art aux puissances divines.
    Hormis le cheval monté, les quadrupèdes figurés sont pris parmi les animaux non domestiques. Les oiseaux sont omniprésents, reflet de leur rang dans la religion mazdéenne renouvelée par le prophète Zarathoustra. Allégorie de l’élément aérien, ils assurent le lien avec le firmament où règne Ahura Mazdâ. À ce titre, les oiseaux relèvent des symboles solaires et attestent l’immanence divine, ils ont une valeur de talismans.

    En outre, nous connaissons le rôle majeur des vautours dans les funérailles célestes où ils sont chargés de préserver les éléments naturels de toute souillure lors de la résorption des cadavres humains. (Voir sur le site "Les Funérailles célestes")

    Les tribulations de l’oiseau vrai
    Si nous en croyions les Grecs, l’oiseau de Perse serait le coq. C’est du moins ainsi qu’Aristophane nous le présente : « Pisthetairos : …Tout de suite et d’abord je vous citerai le coq […] si bien qu’on l’appelle Oiseau de Perse » (Les Oiseaux, 485
(À gauche, Le Coq d'Arles, dessin de Jean Cocteau 1957)

Coq2_1    Nous pouvons penser que ce gallinacé mâle facilement domesticable, arrivé en Grèce lors des guerres Médiques, fut remarqué d’abord parce qu’il porte orgueilleusement sur sa tête une crête rouge, laquelle fait irrésistiblement penser au bonnet persan, dont la forme connaîtra une surprenante postérité sous le nom de bonnets phrygiens. (Après avoir été adopté par les Romains qui s’étaient entichés du dieu iranien Mithra, lequel porte ce fameux bonnet, il s’est finalement retrouvé sur la tête de notre Marianne…)  
    Les Grecs, qui qualifiaient tous leurs ennemis d’efféminés, n’ont pas manqué de remarquer le comportement ridiculement « viril » du coq, et ce blason  populaire « oiseau de Perse » peut être entendu ainsi. 
    Venu d’Asie, comme le faisan et le paon, le coq n’a en effet rien d’étranger pour un Persan, et l’Avesta honore le coq éveilleur d’aurore qui met en fuite les démons de la nuit. Mais la Pintade est africaine.
    J’entends bien qu’aux millénaires précédant l’époque qui nous occupe certains animaux vivaient plus au nord, et jusque sur le territoire de l’actuelle Turquie. C’est ainsi que des vestiges osseux de Pintades préhistoriques ont été exhumés aux pieds des Monts Taurus.
    Mais à partir du Néolithique, il est probable que les derniers troupeaux de Pintades sauvages ont commencé de disparaître du Proche-Orient sans laisser beaucoup de traces.
    J’ai souligné dans L’Oiseau nègre l’incompatibilité de cet oiseau avec l’agriculture. En outre, ses mœurs grégaires en font un gibier facile à chasser et à éradiquer d’un pays. Ses œufs entassés dans des nids posés au sol, gros et savoureux, son habitude de percher la nuit dans des arbres dortoirs, et son vol lourd et bref, désignent prioritairement la Pintade comme pourvoyeuse de nourriture humaine.
    Ainsi je tiens pour assurée l’absence de Pintades sauvages en Iran au temps des Sassanides.
    Les ménageries royales, les parcs réservés au souverain, abritaient-ils des Pintades importées de Nubie par les marchands de bêtes sauvages, cadeaux d’ambassadeurs ? Nous pouvons l’imaginer. Les princes orientaux possédaient des zoos et se montraient amateurs d’animaux exotiques pour leurs jeux ou l’ornement de leurs jardins. Sassanide1
    Alors, pouvaient-on voir des Pintades en Iran au temps des Sassanides ? dans des cages ou élevées dans les volières des parcs royaux, ces « paradis » dont le nom persan servira à désigner le Jardin d’Eden situé à l’Orient de la Terre biblique, nous pouvons le croire. Mais il est probable que seuls les nobles avaient accès au domaine royal. Les artisans devaient se contenter de descriptions, de croquis, d’ébauches, comme les artistes du Moyen Age européens qui peignaient des lions jamais observés de visu.
(À droite, paire de médaillons décoratifs représentant des Pintades avec les deux cornes symboliques. Epoque sassanide, VIe siècle. Musée de Mayence)

    La Pintade dans le paradis des Iraniens
    Confinées dans les jardins et les parcs royaux, les Pintades et d’autres oiseaux choisis évoquaient les hôtes du ciel et les créatures aimées des dieux.
    Je ne reviendrai pas sur les variétés de Pintades et leur anatomie largement développées ailleurs, mais je confirme qu’aucune n’a jamais porté deux cornes sur son crâne. 
    Alors pourquoi les Pintades sassanides que l’on reconnaît sur les plats d’argent, les stucs, et les étoffes précieuses, arborent-elles ces énigmatiques doubles cornes ?
    L’explication, comme je l’ai suggéré, est à rechercher dans l’héritage égyptien récupéré à     l’époque hellénistique et transmis par le monde copte à tout l’Orient.
    Il nous faut aujourd’hui, telle Isis recherchant les membres épars d’Osiris outrageusement mutilés le long du Nil, rassembler les pièces jusqu’à l’ultime fragment du corps démembré.
    C’est ce qui nous reste à faire pour donner la clé du mystère de l’attribut céphalique surnuméraire de la Pintade sassanide. Bardo
(Mosaîque d'époque byzantine, Ve siècle, trouvée en Tunisie. Musée du Bardo. L'oiseau Pintade porte les doubles cornes symboliques. Photo Lamblard)

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07 décembre 2006

LE VAUTOUR DES PYRÉNÉENS

Blanque    UN VAUTOUR FAMILIER : LA MARIE-BLANQUE

    Le "Neophron percnopterus" est plus souvent mentionné sous le nom de vautour égyptien.
    Marie-Blanque
, ou Dame-Blanche, sont aussi des noms populaires que l'on rencontre dans le Sud-Ouest français.
    Ce petit vautour, bien connu des montagnards, porte le nom de "percnoptère" qui lui a été donné par Aristote (aux ailes marquées de noir) Néophron renvoit à la Mythologie grecque.

    On le connaît aussi sous le nom de vautour-égyptien, ou poulet-de-Pharaon. Les Arabes lui ont donné les nom de "Mère de l'oiseau de Dieu", et les Berbères "Ami des Sages".
    En langue d'Oc : "capoun-fer" (chapon-sauvage).

    Les Égyptiens anciens utilisèrent sa silhouette pour écrire le son "a" (aleph), c'est le G-1 de la nomenclature de Gardiner, dont la valeur phonétique est attestée dans les Textes des Pyramides qui correspondent à la phase la plus ancienne de la langue au IIIe millénaire. La mythologie des anciens Egyptiens classait cet oiseau parmi les espèces "femelles".
    Le percnoptère (Neophron percnopterus, L.) ou vautour égyptien, Marie-Blanque dans les Pyrénées, Gardien-des-vaches en Italie, Poulet-de-Pharaon, etc.( photo Lamblard).

Ossau_1    Cet oiseau pacifique ne crie ni ne chante.
    Il ne présente aucune différence entre les sexes, ce qui augure bien la paix des ménages.

    Ce percnoptère est la plus petite espèce de vautour, et la plus étrange. D'une envergure plus vaste que ce qu'un homme peut atteindre les bras en croix, on s'attendrait à ce que son poids soit en rapport ; il ne dépasse pas les deux kilos.
    Les peuples antiques ont prétendu qu'il n'y aurait  point de mâle dans cette espèce : les femelles seraient ainsi fécondées par le vent, par le souffle spirituel, c'est ce que les théologiens appellent  fécondation pneumatique.

     De fait, la Marie-Blanque garde cette auréole de virginité perpétuelle... (Voir "Le vautour, mythes et réalités", pages 106 et s. Éditions Imago . Avec une préface de Jean Yoyotte)

    Chef-d'oeuvre de structure aérienne, le squelette du vautour est extrêmement léger. Les os longs sont droits et creux, à telle enseigne que l'on a trouvé dans des fouilles archéologiques des flûtes confectionnées dans des cubitus de vautour... Jouer de la flûte grâce à une aile d'oiseau, quel raffinement !
    Les symboles attachés aux vautours dans la civilisation égyptienne n'ont pas tous disparus avec l'effondrement de la religion pharaonique. On peut retrouver dans l'image chrétienne du pélican qui donne sa chair à ses enfants une surprenante résurgence du mythe des vautours "femelles" : voir l'article 'Pélican le Bon Père".

    Un article ornithologique excellent, celui de Nicole Bouglouan dans "Oiseaux.net" Cliquez !   
    Et la suite dans le site... (Voir plus haut)

   

 

01 décembre 2006

JEAN YOYOTTE ET LES VAUTOURS

Yoyotte2    L'égyptologue et l'oiseau sarcophage.

    Mère-des-Mères, mangeur de chairs mortes, le vautour symbolisait, en Egypte ancienne, le cycle vital, la régénération.
    Sur les bas-reliefs, ce grand oiseau volant, celui qui plane le plus haut dans le ciel, indique à Pharaon l’endroit où aura lieu la victoire.
    Selon l’Évangile de Luc, Jésus aurait dit : « Où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront… » (Luc,17-37.)

    Cet oiseau méconnu aujourd’hui a inspiré à l’égyptologue Jean YOYOTTE, Professeur honoraire au Collège de France, Commissaire de l'exposition "Tanis, l'or des pharaons", ces lignes :

    « Si l’on veut bien regarder vers le ciel, on reconnaîtra que les vautours, par l’envergure de leurs ailes et par l’aisance majestueuse de leur vol, comptent parmi les plus superbes des rapaces. Si on observe leur manière de vivre, on s’apercevra que c’est grâce à une vue portant très loin et à une ouïe spécialement affinée qu’ils repèrent ce qui se passe sur terre entre les hommes et entre les autres animaux, pour accourir vers leur puante nourriture. Ces dons avaient frappé les Anciens. Une fable égyptienne, particulièrement sophistiquée puisqu’elle prête à notre oiseau des habitudes qu’il ne possède aucunement dans la nature, rapporte le dialogue de deux dames vautours, l’une diurne, appelée VOIR qui regarde jusqu’aux profondeurs de la mer, l’autre nocturne, appelée ENTENDRE qui perçoit    ce qui se passe à partir des cieux.
Yoyotte1    Elles se racontent comment elles ont constaté que, de la mouche avalée par le lézard au poisson-chat dévoré par un lion, une série de huit bêtes se sont mangées les unes après les autres. La dernière, le lion, a été exterminé par le griffon, allégorie fantastique de la mort. Et les deux nécrophages (qui, eux, mangent mais ne tuent point), de tirer la morale de leurs observations. Rê, le soleil qui régit le monde et dont deux attributs majeurs sont le Voir et l’Entendre, sait tout de tous les êtres vivants et exerce la justice : ‘Celui qui tue sera tué.’ »...

Yoyotte3      
Jean Yoyotte, Préface (extrait) :  « Le Vautour, mythes et réalités » Page11. Éditions Imago, paris, 2001.

Trois photos prises en Egypte. Ici à droite Monsieur le Professeur Jean Yoyotte dans le temple d'Amon de Siouah, et à gauche sur un sarcophage à Meidoun. (Photos lamblard) Voir également, les Tours du silence.
   
Sur les deux principaux vautours que l'on rencontre dans la civilisation égyptienne, figurés sur les monuments et utilisés dans les textes hiéroglyphiques, consultez les articles présents sur le site.
    Pour  une description ornithologique, voyez l'excellent site "Oiseaux-net" et l'article de Nicole Bouglouan en cliquant ici. 

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28 septembre 2006

MYTHES ET RÉALITÉS DES VAUTOURS.

Fauveface_1    LES VAUTOURS NE CHANTENT PAS...
   
    Les vautours ne chantent pas, mais parfois ils parlent ou chuchotent

    Et de quoi s’entretiennent-ils ? D’un jeune prince frappé d’impuissance.

    Si l’on en croit la mythologie grecque, le devin Mélampous guérit le fils du roi de Thessalie, Iphiclos, inhibé à la suite d’une terreur enfantine, en écoutant deux vautours raconter l’origine de la déficience du prince. Le remède, disaient les vautours, se trouve dans le sang séché et la rouille d’un couteau ayant servi au roi pour châtrer ses béliers.
   On racontait qu’Iphiclos, voyant son père jeter aux vautours les gâteries retranchées des ovins, les mains couvertes de sang et tenant encore le couteau castrateur, fut terrorisé. Il cacha le couteau dans un arbre, mais, dès lors, ne put oublier la menace pesant sur sa virilité.
   Les vautours, à qui rien n’échappe, virent le drame en train de nouer les aiguillettes pour le plus grand malheur du prince.
    Vautour fauve (Gyps fulvus H.) Oiseau sociable, pacifique et joueur, il se regroupe en colonies organisées. Les couples sont stables, ils élèvent chacun un seul petit par an.(Photo Lamblard)

   Longtemps après, ils se racontaient encore la scène, et c’est ainsi que Mélampous découvrit le mal d’Iphiclos et son remède.
  Le devin agit et le prince fut guéri.

   Avec insistance, les mythes et symboles, qui usent du vautour pour marquer l’imagination des hommes, nous orientent vers le sexe et la génération. Dans l'Egypte ancienne,  il est étroitement lié aux reines mères, aux déesses MOUT et NEKHBET, HATHOR, ISIS...
Paradoxe : en Orient, dans les civilisations des empires perses, dans la religion Zoroastrienne, le vautour est associé aux pratiques funéraires...

  Pour en connaître davantage: "Le Vautour, mythes et réalités" Éditions Imago.  Préface de Jean Yoyotte.

 Sur le site, vous trouverez d'autres articles sur les vautours : Les Tours du silence, Le vautour pecnoptère ou vautour égyptien.  Sur le percnoptère, le meilleur site ornithologique : Oiseaux-net,  article de Nicole Bouglouan ICI. 

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SITES COMPLICES

  • Actionreporter.com
    De magnifiques images sous mille soleils : trek dans le désert, montagnes du Pérou, alpes enneigées...
  • Les Editions Imago
    Les Editions Imago proposent des éssais, romans, témoignages, faits de société, enquête...
  • Polyphonies des Alpes de Méditerranée
    Le Corou de Berra, dirigé par Michel Bianco, est le courant le plus authentique et novateur du chant polyphonique des Alpes Méridionales.
  • Despatin, Gobeli, photographes
    François Despatin, Christian Gobeli, deux photographes, artistes du portrait et témoins de leur temps.
  • Ernest Pignon-Ernest
    Le site officiel de l'artiste plasticien, ami et complice en méléagriculture...
  • Le Monde Diplomatique
    La pintade, oiseau-nègre, vue par le Monde Diplomatique
  • Théâtre du Fust
    Créé et animé par Émilie Valantin, le Fust est depuis vingt ans la meilleure troupe de marionnettes tous publics de France.
  • Ligue des Droits de l'Homme, LDH.
    Le site de la LDH de Toulon, animé par FRANCOIS, est prioritairement le reflet des activités de la section régionale. Répodant aux enjeux locaux, il propose des éléments de réflexion sur le passé récent et le présent des relations franco- méditerranéennes. C'est un centre de ressources pour ceux qui s'interrogent sur les relations de l'homme et de la société.
  • René Merle et la culture d'Oc.
    Chroniqueur et romancier, agrégé d'histoire, René Merle présente un regard sur trente ans d'activités dans les domaines de la fiction , poésie, théâtre, ainsi que la recherche socio linguistique au bénéfice de la culture d'Oc. Son site est un jardin d'Épicure.
  • Les Éditions Comp'Act
    Poèsie, théâtre, essais, roman, et deux revues : "La Main de singe", et "La Polygraphe". Henri PONCET a créé sa maison dans les années 80 et l'a installée à Chambéry. Comp'Act est tout simplement un éditeur français de création littéraire qui honore sa profession.
  • EUROPE, revue littéraire mensuelle.
    Fondée en 1923 sous l'égide de Romain Rolland, EUROPE est aujourd'hui encore l'une des principales publications littéraires de langue française. Ses dossiers consacrés à un auteur ou un courant esthétique font autorité. C'est une revue que l'on garde dans sa bibliothèque et que l'on consulte; le rendez-vous des amoureux des lettres et de la littérature.
  • Lettres d'Archipel
    "Lettres d'Archipel", chaque mois, une chronique sous forme de lettre est adressée gratuitement aux correspondants qui laissent leur adresse électronique en cliquant sur le lien : jm@lamblard.com

ARCHIPEL DES MOTS


  • Le mot archipel a une histoire, mieux qu'une étymologie. L'italien "arcipelago" conserve l'origine grecque venue de la mer Égée. D'abord "mer parsemée d'îles", l'archipel est aujourd'hui un groupe d'îlots. C'est à l'archipel qui se trouve au large de sa baie, que la ville d'Alger doit son nom, Al-Djaza'ir, venu de l'arabe. Auparavant, le site se nommait "Ikosim" en punique, "Ile aux Mouettes... Les latin écriront "Icosium".

  • Barberousse, le corsaire turc qui fonda la citadelle d'Alger vers 1517, annexa également la poignée d'îlots située au large.

  • Ibn Khaldoun écrit, à la fin du XIVe siècle, dans le tome second de l'"Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", qu'un Fatimide autorisa la fondation de trois villes, dont une "sur le bord de la mer appelée Djézaïr-Béni-Mezghanna (les îles des enfants de Mezghanna). Maintenant Alger..." Les Béni-Mezghanna sont des Kabyles. De la ville, le nom passa au pays dont Alger devint la capitale en 1839.

  • Le terme français archipel a reçu par métaphore la valeur d'ensemble... Les mots comme les hommes ont des ailes, ils voyagent.... Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportés sans retour...

  • Des idées et des mots en Archipel. Sur la mer des Deux Rives, et ses horizons qui furent de tout temps au coeur de l'imaginaire, voguant sous le pavillon des Lumières, Archipel se déroule à l'image d'un portulan virtuel. Il s'élabore d'une escale à l'autre, en usant des chemins de traverse et du réseau de voies qu'empruntent les migrations d'hommes, d'oiseaux, et de mots. Le domaine est l'espace méditerranéen jusqu'aux terres du pourtour.

  • Pour ce puzzle, les avatars de l'imaginaire sont à réinventer toujours, comme s'y emploient les oeuvriers de l'Art Brut et les Vagabonds des Lettres. Archipel ! De Venise à Alexandrie, d'Occitanie en Egypte, des Iles d'Or à Chypre, de Kateb Yacine à Frédéric Mistral, d'Artémis à Marianne, des Vautours aux Pintades, du Sanglier à l'Ours, les signes se répondent et s'échangent.