Au pays du mazdéisme et de Zarathoustra
75 millions d'habitants ; un grand pays moderne mais une société en ruine dominée par des idéologies de vieillards.
Dotés d'une Constitution depuis plus d'un siècle, l'Iran, et sa civilisation quadrimillénaire, stupéfièrent l'Occident en nationalisant, en 1951, les richesses pétrolières de leur sol. Le docteur MOSSADEGH paya de sa liberté et de sa vie son audace d'opposant à l'"Anglo-Iranian Oil Company". Les hommes de ma génération se souviennent de son combat et des images de son procès odieux (tout autant "stalinien" que ceux des autres).
Nos sources d'information nous abreuvent d'images et de propos sur le drame que subit l'Iran cet été 2009. A-t-on suffisamment mesuré la profondeur jusqu'où plongent les racines religieuses de ces peuples héritiers des Perses mazdéens — et fils de Zarathoustra ou de Hâfez, autant que d'Ali ou d'Hussein ?
Sans vouloir nous immiscer dans le débat actuel (dont nous ignorons probablement les ressorts essentiels), nous saisirons cette actualité afin d'évoquer l'un des rituels encore vivant au centre de l'Iran : les "Autels du Feu", toujours allumés, que les prêtres entretiennent dévotement. Et les "Tours du Silence" désormais veuves de leurs desservants ailés.
La religion d'Ahura-Mazdâ a laissé dans la mentalité iranienne des traces profondes, notamment dans les rapports de l'homme à son environnement naturel si fragile.
Qu'une nation dont les sources vitales remontent à plusieurs millénaires ; qu'un peuple qui considérait le feu domestique vivant symbole de l'esprit céleste, et respectait les éléments de la nature, Eau, Terre, Air et Feu, jusqu'à les protéger de l'impureté des cadavres, que cette nation aspire aujourd'hui à maîtriser le feu nucléaire, ne devrait point surprendre. Pour quel usage ? Question cruciale qui nous dépasse.
LA RELIGION DES CORPS EXPOSÉS AUX VAUTOURS
Cette évocation iranienne se propose de faire le point sur un mode funéraire rare mais suffisamment attesté (et encore en usage de nos jours dans un grand pays moderne et industriel: l'Inde), où le cadavre humain est exposé au soleil dans une "Tour du silence", afin que les oiseaux charognards le décharnent. Ce rituel est étroitement associé aux "autels du Feu", qui ne sont pas des temples mais des centrales d'énergie et des miroirs de l'âme.
Ces "funérailles célestes", dont le raffinement spirituel apparaît peu au premier regard, ont pour conséquences secondaires de ne point laisser de traces facilement identifiables par la recherche archéologique. Nous circonscrirons notre survol dans un champ qui ne dépassera l'Europe et l'Asie proche, particulièrement le plateau iranien. Une brève incursion en régions Berbères d'Algérie, ainsi qu'un regard sur les Celtes méditerranéens ébaucheront de futures investigations.
Les rites funéraires sont à travers l'espace et le temps l'un des principaux témoignages de civilisation capables de résister au temps ; ils figurent parmi les indices de l'hominisation, avec la domestication du feu. Si l'on considère que le premier humain qui prit soin de ses morts vivait il y a plus de 300 000 ans, on peine à concevoir le nombre de sépultures, de protocoles d'inhumation, d'incinération, et d'autres modes de résorption du cadavre que ce bipède pensant et imaginatif dût mettre en pratique.
Le vautour commun (karkas en iranien), espèce de vautour fauve, est devenus très rares en Iran depuis l'interdiction des "Tours du silence" par le shah Reza Pahlavi qui imitait les moeurs de l'Occident.
Certaines civilisations n'ont laissé que des tombes. Que resterait-il des Etrusques, ou même de l'Egypte ancienne, si l'on faisait abstraction du domaine funéraire ? Il ne faut point s'étonner de ce que nous rassemblons sous le vocable « funérailles célestes » pour la commodité du propos soit quasiment inexistant dans la documentation : les restes mortuaires deviennent difficilement identifiables par la suite.
L'attention portée au cadavre, et le rituel communautaire de prise en charge de la dépouille sont définis par la religion officielle dominée par ses croyances en une survie, une renaissance, une métempsycose, ou le néant, avec des considérations dictées par le mode de vie nomade ou sédentaire, agricole ou pastoral. Nous achèverons cette note en nous interrogeant sur certaines nécropoles des Gaulois.
Une "Tour du silence" à Yazd, Iran.Lieu où l'on transportaient les cadavres humains pour les confier aux rapaces. (Photo Lamblard. Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
Les textes principalement, et l'observation ethnologique, permettent une première approche de ce singulier destin du corps humain après la mort. On perçoit aussitôt l'importance de l'écriture et des relations antiques conservées pour l'estimation des peuples anciens, et de leur prise en considération par les historiens.
Déjà, une inégalité de traitement : des civilisations, et non des moindres, n'ont pas utilisé l'écriture pour noter leur propre mémoire, ce sont leurs voisins, et souvent leurs ennemis, qui en parlent. Ici encore, il faudra prendre en compte le contexte.
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